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Revue n° 4, 1990

L’école Anís Zunúzí d’Haïti insiste sur l’éducation morale et sur les méthodes de coopération

Un programme unique donne des résultats positifs en stimulant le développement à la base

LILAVOIS, Haïti — Desanges Exama a quitté l’école après la sixième année mais il en sait autant sur le travail de développement — et pourquoi il n’a pas toujours abouti à Haïti — que n’importe quel spécialiste occidental arrivé dans l’île dans le cadre de programmes d’aide, disposant de budgets multimillionnaires en dollars.

A 53 ans, M. Exama travaille pour l’école bahá’íe Anís Zunúzí. Il a déjà participé à de nombreux programmes de développement, depuis le jour où il s’est porté volontaire, au début des années soixante, pour aider à organiser les fermiers pauvres en mini-coopératives appelées « groupements ».

Cette entreprise fut un échec, « les gens ne se sont pas fait confiance », déclare M. Exama, « alors cela n’a pas marché ».

Aujourd’hui, il est convaincu que le meilleur chemin vers le développement est l’éducation, surtout lorsque celle-ci enseigne des valeurs morales et des méthodes de coopération. « Si l’on apprend à travailler ensemble », dit-il, « tout devient possible ».

Cette philosophie est partagée par tous ceux qui travaillent à l’école Anís Zunúzí, un groupe de bâtiments blancs, propres et agréables, situés à environ 15 km de Port-au-Prince, la capitale d’Haïti.

Créée il y a neuf ans, l’école privée Anís Zunúzí est progressivement devenue un institut aux multiples facettes, qui lance et soutient des projets de développement à la base dans tout Haïti. Ces projets comprennent des écoles maternelles, des cours sur l’organisation de la communauté et des efforts locaux de reboisement. Un fil conducteur relie toutes ces activités entre elles : apprendre à coopérer et à décider en tant que groupe est plus important pour un développement à long terme que l’aide matérielle.

Un pays difficile

Malgré une aide au développement qui, depuis 1980, s’élève à plus de 650 millions de dollars, Haïti est toujours le pays le plus pauvre de l’hémisphère Ouest. En 1987, son revenu annuel par tête d’habitant, 360 dollars, était le plus bas des Amériques, et situait Haïti en 29ème position parmi les nations les plus pauvres de la planète. Plus de 75 % des Haïtiens ne savent ni lire ni écrire, et l’espérance de vie est de 55 ans.

Selon les spécialistes du développement, son passé mouvementé expliquerait en partie les conditions déplorables du pays. L’île fut d’abord colonisée et des Africains furent amenés comme esclaves. En 1804, ceux-ci se révoltèrent et créèrent le premier territoire indépendant d’Amérique latine. En dépit de cette tradition d’indépendance, l’esclavage, avec sa dégradation de la vie humaine et son autorité strictement hiérarchisée, a laissé des traces profondes.

Ribentrop Louis, 23 ans, membre du comité de développement de la communauté bahá’íe haïtienne, rappelle : « A l’époque , on faisait subir aux esclaves des choses absolument terribles. Pour forcer les gens à obéir, on les battait, on leur coupait les bras, on les enterrait vivants. Cette mentalité de ‘oui-chef’ existe toujours chez beaucoup et on la retrouve à tous les niveaux de la société, rendant de nombreuses personnes incapables d’agir par elles-mêmes. »

M. Louis affirme que la conception bahá’íe du développement est unique à Haïti parce qu’elle tend à dépasser cet héritage en apprenant aux citoyens à coopérer entre eux, plutôt que simplement se partager l’aide venue de l’extérieur. L’école Anís Zunúzí contribue grandement à cette éducation, grâce à ses divers programmes : primaire, secondaire, technique, classes d’adultes, instituts, le tout sous la responsabilité de l’Assemblée nationale bahá’íe.

Enseigner des valeurs morales

En dépit de l’interdiction officielle des châtiments corporels, dans la plupart des écoles d’Haïti, assurer la discipline consiste à battre et à fouetter les élèves : autre héritage d’un lourd passé. A l’école Anís Zunúzí, il est depuis toujours interdit de frapper un élève. Pour un observateur extérieur ce détail peut paraître insignifiant, mais il place cette école à part, la différencie des autres écoles et donne aux élèves un sens rare de responsabilité pour leurs propres actions.

Dieudonné François, en classe de première, à l’école depuis trois ans, témoigne : « Dans la plupart des écoles, les relations enseignants-élèves n’existent pas. Au contraire, ici les maîtres sont de vrais amis qui nous aident jusqu’à ce que nous ayons tout compris. »

Un autre détail caractéristique de cette école, c’est son usage du créole dans l’apprentissage de la lecture. « Commen­cer à lire en créole permet aux élèves d’apprendre à penser par eux-mêmes », déclare Hans-Jürgen Thimm, ancien proviseur de l’école. « Si vous commencez par le français, ils n’apprennent qu’à répéter comme des perroquets. C’est en fait une profonde réforme. »

Mais la vraie différence de l’école c’est son effort pour insérer des valeurs morales, ou dites « spirituelles », selon les bahá’ís, dans les programmes.

Les premiers livres, écrits en créole à l’école même, sont utilisés au début de la scolarité. Ils contiennent de courtes histoires pour illustrer les différents mots nouveaux et les sons. Dans le premier livre de lecture, la lettre ‘O’ est illustrée par l’histoire d’un garçon qui aide son père et apprend les vertus du travail. Une autre histoire parle d’une femme qui raccommode laborieusement une robe de mariée, bien qu’elle soit fatiguée et préfèrerait laisser le travail inachevé.

« Même si les enfants ne pratiquent pas toujours cette morale, ils ont quelque chose au fond du cœur qui les incite par exemple à ne pas mentir ni voler », dit Gabrielle Rose Marcel, une élève de première, à Anís Zunúzí depuis 1981. « Et c’est à l’école qu’ils apprennent cela. »

Un moteur du développement

Les instituts pour adultes à Anís Zunúzí insistent aussi sur les valeurs morales et, particulièrement, sur une méthode de décision de groupe sans perdants, que les bahá’ís appellent la « consultation ». Les individus, qui connaissent les principes de la consultation et d’autres techniques de coopération communautaire, organisent à leur tour, et encadrent l’administration, de projets de développe­ment dans leurs propres régions.

Le programme extra-scolaire de l’école, établi en 1983, reçut à ses débuts une somme de 60 000 dollars de l’Agence canadienne de développement inter­na­tional (ACDI). Cependant, aujourd’hui, la communauté bahá’íe haïtienne a pris sa part de responsabilité financière, aidée par d’autres communautés bahá’íes du monde.

A présent, quatre écoles maternelles ont été établies en plus de celle d’Anís Zunúzí et elles sont supervisées par les conseils bahá’ís élus localement [Voir article sous le titre « Les écoles maternelles tendent ... » dans le même numéro].

Trois autres écoles primaires, comprenant la maternelle et les quatre premières années et comptant une centaine d’élèves, existent dans les villes de Liancourt, Pont Benoît et Pitimi. Elles sont aussi supervisées par le conseil bahá’í local de chaque ville. Une petite pépinière a été aménagée à Liancourt, dans le cadre d’un projet national de reboisement. [Voir article sous le titre « Les organisations privées jouent un rôle vital... » dans le même numéro].

A l’école Anís Zunúzí, on trouve plusieurs autres projets extra-scolaires de développement. On y voit une pépinière et un service de distribution de jeunes arbres aux fermiers locaux. C’est M. Exama qui sert d’animateur pour ce programme, travaillant avec les fermiers pour les instruire sur les diverses sortes d’arbres, les soins à leurs donner et les bienfaits qu’ils en retireront.

M. Exama travaille aussi avec un certain nombre de petits « groupements » pour les aider à construire des projets tels que la vente d’haricots ou l’élevage de petits animaux. Ces groupements sont plus petits que ceux avec lesquels il travaillait dans les années soixante et les principes bahá’ís de consultation sont inculqués au cours de séances spéciales d’instruction.

Un processus évolutif

Bien que l’école Anís Zunúzí fut créée en 1980, grâce à un don extérieur de 250 000 dollars et d’abord supervisée par un conseil international, progressive­ment, l’école évolua et devint une institution qui tire son soutien et sa direction de la population locale.

Aujourd’hui, l’école est dirigée par un comité de membres du conseil local et cette année, le proviseur, Américain d’origine, a laissé la place à un éducateur haïtien, M. François Lhorrisson-Fils.

« A Haïti, en général, nous manquons d’espoir, de rêves, et c’est le plus grand obstacle à notre développement, dit M. Lhorrisson-Fils. Pour surmonter cet obstacle, chaque enfant doit acquérir une vision de son propre avenir et en être con­scient à un degré tel que cela deviendra con­tagieux et affectera les autres. Voilà ce que nous essayons de faire ».



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Dernière mise à jour le 25/09/2017