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Revue n° 10, 1992

Une enquête auprès des ONG tente de définir l’origine des problèmes alimentaires en Afrique

Causes principales : la dégradation de l’environnement, l’aide alimen­taire inadéquate et le manque de considération pour les femmes

NATIONS UNIES — En termes si ponctués et délibérés qu’ils en devenaient presque hypnotiques, Mme Eremina Mvura a exposé les défis auxquels sont confrontées les femmes rurales en Afrique. Les auditeurs, réunis dans le confort climatisé de l’auditorium de la bibliothèque Dag Hammarskjöld pour un symposium d’une journée sur la crise alimentaire en Afrique, étaient subjugués. « C’est l’estomac qui nous a conduits ici aujourd’hui », déclare d’em­blée Mme Mvura. « Cet estomac-là a des besoins fondamentaux. Et les femmes travaillent jour et nuit pour satisfaire ces besoins. » « La femme rurale doit parcourir des kilomètres pour rapporter de l’eau », ajoute Mme Mvura qui est cultivatrice et travaille pour le développement communautaire dans les zones rurales du Zimbabwé. « Si elle revient sans eau, c’est son bébé qui va pleurer ! Elle a besoin de nourriture pour sa famille, et cette nourriture doit être cuite. Il lui faut donc de l’eau, et aussi du combustible. » Les doléances de Mme Mvura ne se sont toutefois pas terminées par un appel en faveur d’une aide extérieure accrue. Bien au contraire, comme l’ont ait d’autres orateurs lors du symposium du 5 septembre, elle a demandé que les donateurs interna­tionaux et les organismes de développement soutiennent les femmes en tant que petits producteurs de récoltes vivrières au lieu de concentrer les efforts sur les agriculteurs-hommes, les cultures de rente et l’aide humanitaire. Mme Mvura et d’autres femmes devaient affirmer qu’avec ce soutien l’Afrique ferait un pas de plus vers l’auto-suffisance. « Avec une aide appropriée, les femmes d’Afrique peuvent produire suffisamment », dit-elle. « Nous n’avons pas besoin d’être nourries à la cuillère. Nous n’avons pas besoin d’être prises en charge... Nous cherchons un appui moral et motivant... Nous avons besoin de matériel, par exemple des brouettes. » Ce symposium était le sixième d’une série de conférences annuelles au sujet des femmes rurales africaines, patronnée par l’organisation Défenseurs de la sécurité alimentaire en Afrique qui siège à New York et regroupe des organisations intergouvernementales et non-gouver­nementales (ONG) et des organes des Nations Unies. L’importance des agricultrices s’affiche dans cette simple statistique : on estime que les femmes contribuent à hauteur de 80 % à la production alimentaire en Afrique. Malgré cela, elles sont ignorées lors de la définition des politiques alimentaires, problème auquel Défenseurs cherche à s’attaquer. Enquête auprès des ONG Cette année, l’intérêt des informations fournies au cours du symposium s’est accru avec la publication d’une enquête récente auprès des ONG du continent africain. Patronnée par Défenseurs de la sécurité alimentaire en Afrique, l’enquête souligne un grand nombre des préoccupations exprimées par Mme Mvura et d’autres. Par exemple, elle suggère que la dégradation accrue de l’environnement, le manque de programmes d’alphabétisation et de formation technique pour les agriculteurs des petites exploitations, en particulier les femmes, ainsi que l’application inadéquate de l’aide alimentaire, sont parmi les causes principales de l’aggravation de la situation alimentaire en Afrique. « Même si de nombreuses ONG reconnaissent l’importance de l’aide humanitaire, elles aimeraient la voir s’accompagner d’efforts pour améliorer les moyens et accroître la capacité des Africains à produire leurs propres ressources alimentaires », remarque Alasebu Gebre Sélassié, sociologue éthiopienne et conseiller en dévelop­pement, qui analysait les résultats de l’enquête. Sur les 94 réponses de l’enquête qui portait sur plus de 500 ONG africaines, 65% précisent que l’ensemble de la situation alimentaire en Afrique a empiré depuis 1986, au cours des six années qui suivirent le lancement du Programme d’action des Nations Unies pour le redressement et le développement économique de l’Afrique dont la révision finale est actuellement en cours. « Ce qui est significatif dans cette enquête, c’est qu’elle interrogeait des organisations africaines locales, sur les causes de la pénurie alimentaire en Afrique », déclare Mary Power, représen­tante auprès des Nations Unies de la Communauté internationale bahá’íe, une des organisations fondatrices et celle qui préside Défenseurs de la sécurité alimentaire en Afrique. « Cette enquête n’était pas basée sur les évaluations d’organisations donatrices ou d’experts techniques occidentaux, mais plutôt sur l’expérience réelle des groupes qui travaillent actuellement sur le terrain afin d’aider les leurs. » Les organisations inter­rogées ont suggéré que la situation alimentaire en Afrique pourrait s’améliorer en portant l’effort sur les infrastructures agricoles dans les zones rurales, avec un retour à des programmes de formation intégrée privilégiant la préservation de l’environ­nement et la culture biologique et avec des possibilités de crédits et de prêts aux petits exploitants. « Tout programme d’action destiné à garantir la sécurité alimentaire en Afrique doit être entièrement conçu, exécuté, contrôlé et modifié par ceux qui sont concernés », écrit Mme Sélassié dans la conclusion de l’enquête. « Les décideurs du pays devraient établir leurs plans en tenant compte des expériences des petits exploitants au niveau familial et de celles des gros producteurs. »

Ces idées formulées dans l’enquête ont été défendues par les orateurs du symposium qui a réuni plus de cent représentants d’organismes de développement, d’ONG et de bureaux des Nations Unies.

Femmes en première ligne

« Les femmes rurales africaines sont en première ligne pour la production alimentaire », a déclaré Alex Ashiabor, administrateur du Groupe de travail pour l’Afrique de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le dévelop­pement. « Elles sont en position de voir les problèmes pointant à l’horizon. Bien souvent, elles peuvent offrir des solutions. Toutefois, la tradition, les usages culturels et les lois en vigueur qui donnent la priorité aux hommes dans tout ce qui concerne l’accès aux ressources et même dans le processus de prise de décisions les empêchent d’atteindre leur but. »

M. Ashiabor cite un exemple en Gambie où un projet sur 20 ans, visant à améliorer la production de riz par la transformation de 2.400 ha. de marécages en champs irrigués, a échoué parce que les femmes, « qui assurent la plus grande partie des travaux de déblaiement, transplantation, semis et récolte, se sont vues refuser le droit à la propriété et n’ont pas été pleinement impliquées lors de la conception du projet ».

Selon M. Ashiabor, des désaccords sont apparus et nombreuses sont les femmes qui ont cessé de travailler la terre. Même si des facteurs d’ordre technique ont contribué à cet échec, les facteurs sociaux-culturels et, en particulier, l’attitude des hommes envers les femmes ont exercé une influence encore plus grande.

Valeur des aliments locaux

M. Ashiabor a également préconisé une intensification de la recherche sur la valeur nutritive, la production, la préparation et la conservation des aliments locaux. « La valeur diététique de nombreux aliments africains est connue des femmes mais n’est pas largement diffusée », précise-t-il avant d’ajouter qu’« une meilleure connaissance de leur valeur nutritive favoriserait l’accroissement de la consommation des produits locaux plutôt que des variétés importées ».

Ruth Bamela Engo-Tjega, chargée de liaisons au comité d’orientation du secrétariat du Groupe de travail pour l’Afrique et l’une des fondatrices de Défenseurs de la sécurité alimentaire en Afrique, déclare que la guerre, la dégradation de l’environnement et l’« absence de stratégies alimentaires nationales » figurent parmi les principales causes de l’aggravation de la situation alimentaire en Afrique : « Pour bien des pays, tels l’Angola, la corne de l’Afrique et l’Afrique australe dont la Namibie, la guerre a constitué l’obstacle majeur à la sécurité alimentaire et, de façon générale, à la croissance et au développement. C’est pourquoi nous devons placer la guerre et les conflits annexes en tête de liste. »

Elle ajoute que l’exploitation du bois et des terres à cheptel a entraîné un déboisement intensif et une diminution de la faune, réduisant encore davantage la capacité de l’Afrique à assurer sa propre alimentation. « Dans des pays comme l’Ouganda, le déboisement est évalué à 10.000 ou 15.000 ha. par an, et l’Afrique dans son ensemble perd chaque année quelque 3,7 millions d’hectares. »

Selon Mme Engo-Tjega, d’autres efforts dans le domaine du dévelop­pement s’avèreront inutiles si le problème de la production alimentaire n’est pas traité en premier lieu. « La nourriture doit avoir la priorité car elle est, en fait, la source de toute vie», dit-elle. « Cette année encore, Défenseurs aborde le problème avec la conviction que les simples citoyens sont les bâtisseurs des nations et que les populations sous-alimentées ne peuvent assurer le développement d’un pays, pas plus qu’un oiseau sans ailes ne peut prendre son envol. »



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Dernière mise à jour le 24/11/2017