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Revue n° 8, 1991

Un centre bolivien d’études sur l’environnement s’attache aux problèmes particuliers de l’Altiplano

Un intérêt spécial porté aux technologies appropriées et à l’éducation élémentaire fait évoluer les communautés des hautes altitudes pauvres en ressources.

COCHABAMBA, Bolivie. — Promenant son regard sur les collines arides et le sol desséché des vallées qui entourent l’Institut de recherche sur l’environnement qu’il a fondé ici, sur la pente Est des montagnes des Andes, M. William Baker affirme qu’un jour ce paysage retrouvera son humidité et sa verdure.

« C’est aujourd’hui une campagne désolée », dit cet ancien bio-chimiste de 66 ans. « Mais selon la légende, ici, dans le passé, il pleuvait de septembre à avril. Je pense que nous pourrions revenir à cet état de choses avec un peu de planification. Cela pourrait prendre deux à trois générations, mais un désert peut être régénéré. »

M. Baker, remontant la ravine derrière sa petite station de recherche, montre du doigt une série de petites digues de terre et de pierres.

« Elles ne coûtent absolument rien, tout juste une journée de travail », dit-il. « Mais si l’on en construisait suffisamment, on pourrait ralentir le ruissellement lorsqu’il pleut enfin et faire pénétrer l’eau dans le sol. Avec le temps, je crois qu’on pourrait alimenter la nappe phréatique et faire repousser les forêts qui jadis se dressaient ici. En étendant ce système à une assez grande partie de la. Bolivie, on pourrait littéralement transformer le climat. »

M. Baker ne s’attend pas à connaître de son vivant une transformation aussi importante. Mais cette sorte de vision à long terme fait partie intégrante de la philosophie et de l’approche du Centre Dorothy Baker d’études sur l’environnement, dont M. Baker est fondateur et directeur.

Le Centre se consacre à examiner de quelle manière les technologies appropriées, ainsi qu’une éducation appropriée, peuvent améliorer la vie des Aymaras et des Quechuas qui survivent sur le rude Altiplano bolivien.

Ainsi, par exemple, le Centre a adapté un modèle de serre solaire pour la culture en haute altitude de fruits et de légumes, à peu de frais. Près de 30 communautés utilisent ce modèle et plus de 120 serres ont été construites.

D’autres efforts du Centre sont axés sur le développement et la promotion des technologies de reboisement et de conservation des sols qui conviennent à l’Altiplano, ainsi que sur la conception d’un générateur de biogaz bon marché, qui fonctionnera en dépit des températures extrêmes de la région.

Le Centre est cependant davantage qu’une simple station de recherche. Grâce à un programme de communication et d’éducation, il met ces technologies directement à la portée des communautés qu’il s’efforce de servir. Ainsi, le Centre patronne un programme de formation pour adultes sur l’environnement rural et des classes maternelles pour enfants. Ces cours de formation ont contribué de façon importante à populariser des technologies nouvelles.

« Dans nos classes, on demande de rechercher la vérité par soi-même et de la défendre ensuite », dit M. Baker. Et il ajoute : « Nous ne croyons pas qu’il soit bon d’imposer nos connaissances. C’est ainsi que l’individu progresse. Et, lorsque les individus progressent au sein d’une communauté, celle-ci peut déterminer sa propre voie de développement. »

Défis de l’Altiplano

Le climat et les conditions de l’Altiplano sont autant de défis à relever. La Bolivie est le pays le plus pauvre d’Amérique Latine, en partie du fait de sa géographie et de son climat. L’altitude du haut plateau des Andes varie entre 3.000 et 4.000 mètres. La région qui reçoit peu de pluie est sujette à de très larges variations de températures, gelant presque la nuit et atteignant jusqu’à 20° C. le jour. En fait, l’Altiplano est un désert dans la montagne.

Pourtant la majorité des Boliviens vit sur cette plaine élevée et sèche, beaucoup d’entre eux subsistant essentiellement d’un régime de pommes de terre et de graines indigènes comme le cafiawi et le quinoa. Moutons et lamas sont parmi les rares animaux qui peuvent survivre grâce aux pâturages clairsemés qui poussent sur l’Altiplano et ils produisent un peu de viande, de laine et de lait.

Environ 70% de la population est indigène, surtout d’origine aymara et quechua. Bien qu’officiellement le degré d’alphabétisation soit de 75%, de nombreux Indiens sont, cependant, pratiquement illettrés : capables de lire des mots espagnols mais sans en comprendre le sens.

C’est cet état de choses que le Centre tente d’aborder spécifiquement. Selon M. Baker, les serres solaires ont été conçues pour améliorer le régime alimentaire des gens vivant dans des communautés éloignées de haute altitude.

« Il est virtuellement impossible de faire pousser fruits et légumes à l’air libre sur l’Altiplano », dit M. Baker. « C’est pourquoi l’alimentation prédominante est pauvre en vitamines, minéraux et huiles apportés par les légumes et les fruits. »

Le modèle de serre est simple

Le Centre a mis au point un modèle peu coûteux qui peut être facilement construit et entretenu par une seule famille, unité sociale de base sur l’Altiplano. Sur des fondations en adobe, des tubes de plastique servent de montants pour tendre une toile de polyéthylène transparent.

A l’intérieur de ces serres, il fait suffisamment chaud et humide pour faire pousser une grande diversité de légumes parmi lesquels des tomates, des courges, des oignons, des radis et des laitues.

Le Centre assure la formation pour la construction des serres et fournit les matériaux. On demande à chaque famille de payer 75 % du montant des tubes et de la couverture plastique.

« Le revenu annuel moyen d’une famille dans la région est d’environ 900 FF. », dit M. Baker. « Nous estimons que la valeur de la production d’une serre solaire sur une année représente à peu près 750 FF., bien qu’une petite partie seulement de cette production soit vendue, la plus grande étant consommée par la famille.

Le coût réel des matériaux n’est que d’environ 150 FF., le bénéfice économique de ce programme est donc significatif pour une famille. »

De même, le Centre étudie des techniques de reboisement, de gestion des ressources en eau et d’utilisation du biogaz, qui soient appropriées à l’Altiplano. Les conditions du sol et les conditions climatiques sont particulièrement dures pour les jeunes plants d’arbres. Une tentative récente d’une autre organisation pour planter 7.000 eucalyptus et queshuaras a échoué: dix arbres seulement ont survécu après la première année car le sol n’avait pas été assez bien préparé.

M. Baker croit que le taux de survie des arbres peut être beaucoup plus élevé. Actuellement le Centre travaille avec 12 communautés pour la mise en route et le maintien de projets de plantation à petite échelle. Dans la communauté de Cori Pata, par exemple, 3.000 queshuaras ont été plantés depuis deux ans. Le queshuara, excellent pare-vent et combustible, pousse bien en haute altitude.

Un centre régional de formation

A première vue, la principale station de recherche du Centre n’est pas très spectaculaire. Installée sur une parcelle de terrain de 2 hectares située dans la banlieue de Cochabamba, elle se compose de plusieurs bâtiments bruts, en adobe avec des toits de tôle galvanisée, un vivier et une citerne, et un certain nombre de petits sites de démonstration.

Mais cet endroit et ces constructions sont tout à fait adéquats pour le développement et la promotion des technologies appropriées qui constituent le but du Centre.

« Nombre d’autres organisations installent des serres solaires plus efficaces et productives que les nôtres, mais elles ont tendance à coûter beaucoup plus cher, de l’ordre de 18.000 à 24.000 FF., et elles réclament la participation d’un village entier », dit M. Baker. « Malheureusement, les familles ici n’ont que 300 à 360 FF. à investir dans ce genre de projet. C’est pourquoi nous essayons de développer des projets et des technologies qui restent dans ces limites. »

George Scharffenberger, président de la “Croisade de l’industrie alimentaire contre la faim”, organisation dont le siège est aux Etats-Unis et qui, ces trois dernières années a octroyé une subvention annuelle de 150.000 FF. au Centre Dorothy Baker, a souligné que la philosophie du Centre, de laisser les communautés faire l’expérience de leur propre prise en charge, était sincèrement suivie.

« D’autres organisations construisent des serres un peu plus robustes et plus productives », devait dire M. Scharffenberger après sa visite au Centre Dorothy Baker ainsi qu’à quatre autres organisations similaires en Bolivie et au Pérou l’an dernier. « Mais, je ne pense pas qu’il y ait le même sens de propriété de la part des communautés elles-mêmes. Dans certaines serres du Centre Dorothy Baker, il y a une véritable explosion de créativité dans le choix de ce que l’on fait pousser. Dans une serre, alors qu’il neigeait dehors, ils cultivaient des bananes. Je suppose que de ce fait ils cultivaient moins mais la serre était réellement leur serre.

Pour ce qui est du développement élémentaire des communautés, j’ai été très impressionné », a-t-il ajouté.

M. Baker pense que l’implication de la communauté est la clé du succès pour l’introduction d’idées nouvelles sur l’Altiplano et il ajoute qu’il est tout aussi important de démontrer le potentiel pour obtenir des résultats.

Ainsi par exemple, sur le site de Cochabamba, un certain nombre de petits terrains de démonstration présentent les avantages de l’utilisation du terreau et des paillis en agriculture. Un vivier a également été construit, conçu pour montrer comment la carpe peut se développer dans un système clos en utilisant l’engrais animal pour nourriture.

Parmi les différentes serres solaires, l’une a été ajoutée à une maison traditionnelle en adobe comportant deux pièces. Avec ce modèle M. Baker dit qu’il espère démontrer comment une serre solaire peut, en plus des légumes, procurer une modeste quantité de chaleur solaire à l’espace de vie familiale.

Ainsi que nous l’avons déjà noté, un système de gestion des ressources en eau et de contrôle de l’érosion, constitué de petites digues, s’étend derrière le terrain de recherche. Ce système canalise l’eau jusqu’au vivier et à la citerne, montrant de quelle manière les rares pluies de la région peuvent être facilement collectées et utilisées.

M. Baker dit à propos du système de barrages : « Ce sont là des moyens bien évidents pour contrôler l’érosion. » Et il ajoute : « Mais les habitants de l’Altiplano ne sont pas prêts à consacrer du temps à un projet, tant qu’ils n’ont pas la conviction que cela va donner un résultat. Il ne faut pas les en blâmer. Ici ils doivent constamment peiner de toutes leurs forces pour survivre. Avant de consacrer beaucoup de temps à quelque chose ils veulent s’assurer du résultat. »

M. Baker estime que la transformation de la Bolivie sera possible lorsque les communautés de l’Altiplano auront reçu les outils technologiques et organisationnels qui leur sont nécessaires pour gérer leur propre développement.

Le Centre a une relation de travail avec le FUNDESIB, Fondation pour le développement intégral de la Bolivie, et, comme la sienne, sa philosophie directrice s’appuie sur les principes de la Foi bahá’íe. M. Baker est lui-même bahá’í et il a donné au Centre le nom de sa mère, Dorothy Baker, une figure marquante de la communauté bahá’íe dans les années 40 et 50.

Selon M. Baker, le Centre s’efforce d’équilibrer dans son approche les besoins de développement et la sensibilisation à l’environnement en soulignant une compréhension spirituelle de la relation entre l’homme et la nature.

« Nous sommes une création de Dieu, l’environnement également», dit-il. « Dans ce sens, nous faisons partie de ce qui est créé, et nous devons nous considérer comme une composante essentielle de l’environnement. »

Il affirme aussi qu’il croit que Dieu a doté l’homme de la capacité unique de rationaliser et de réfléchir, attribut que la nature ne possède pas.

« Les êtres humains sont devenus la force directrice dans l’équilibre entre le monde des hommes et le monde de la nature », dit-il encore. « Nous sommes capables d’apprendre à améliorer notre environnement ou bien de le détruire. Il ne nous reste donc qu’à apprendre à l’améliorer. »



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Dernière mise à jour le 25/09/2017