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Revue n° 49-50, 2004

De la littérature à la paix : un universitaire cherche à construire un pont entre les cultures

COLLEGE PARK, Maryland, Etats-Unis — Le profil très atypique du professeur Suheil Bushrui lui permet de mener de front très efficacement enseignement universitaire, recherche et promotion de la paix et la tolérance religieuse.

En septembre 2003, il s’est vu décerner le prix Juliet Hollister 2003. Attribué par le « Temple of Understanding » pour récompenser une « activité exceptionnelle en faveur de la tolérance religieuse », ce prix a été décerné à des personnalités telles que Nelson Mandela, l’ancien Haut-Commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme, Mary Robinson, la reine Noor de Jordanie ou encore le Dalaï Lama.

Ce prix couronne le travail du professeur Bushrui qui s’articule autour de deux thèmes : la racine commune de toutes les religions et l’unité fondamentale de la famille humaine, qui ont donné à son message une substance concrète. « Il a une vision globale de l’humanité », dit David Cadman, ancien président de la Fondation Prince de Galles et membre du conseil d’administration de la Temenos Academy. « Ce que j’aime particulièrement en lui, c’est qu’il a non seulement une vision globale mais qu’il propose aussi des structures et des mécanismes pour un rapprochement réel. Beaucoup partagent les mêmes idées mais rares sont ceux qui proposent des solutions pour les mettre en pratique. »

Ces dix dernières années, le professeur Bushrui s’est appuyé sur la Chaire bahá’íe pour la paix mondiale de l’université de Maryland pour promouvoir ses idées. En 1992, il est devenu le premier titulaire de cette chaire qui dépend du Centre pour le développement international et la gestion des conflits de l’université.

S’appuyant sur les ressources de la chaire, M. Bushrui a pu faire des conférences sur le thème du dialogue entre les peuples et les religions. Il a voyagé dans le monde entier, participé à des débats portant aussi bien sur la mondialisation que sur les droits de l’homme et convié à l’université des conférenciers renommés.

« Sa contribution à la cause de la paix dans le monde est profonde et significative », dit Dorothy Nelson, juge à la neuvième Cour d’appel des Etats-Unis et agent de liaison entre la Chaire et le conseil national bahá’í des Etats-Unis. « Le moteur de son action est son attachement à l’idée d’unité de l’humanité et sa croyance dans l’émergence d’une civilisation mondiale transcendant toutes les barrières raciales, religieuses et sociales. »

Le professeur Bushrui est également connu pour la qualité de son enseignement. « Il y a beaucoup de bons enseignants », dit Maynard Mack, directeur du programme de licence à l’université de Maryland. « Mais Suheil, lui, transforme l’existence. On nous répète sans cesse que les étudiants qui suivent ses classes ont un autre comportement, non seulement durant les cours, mais aussi dans la vie. »

Arabe de naissance

Né à Nazareth il y a 75 ans, le professeur Bushrui a suivi l’enseignement primaire à l’école arabe puis a fait ses études secondaires à Jérusalem, où il est entré au Collège St Georges. « J’ai commencé par un enseignement coranique en langue arabe puis je suis entré dans une école anglaise et la littérature m’a fasciné », dit M. Bushrui. « J’ai été complètement séduit par les poètes romantiques, Keats, Shelley et Byron. Ils ont sans doute parlé à mon imagination arabe. »

Après avoir terminé ses études universitaires à Alexandrie, il est parti pour le Soudan où il a enseigné l’anglais pendant cinq ans. En 1959, il commencé à enseigner la littérature anglaise à l’université de Southampton. « C’était très difficile de se faire recruter pour enseigner l’anglais si l’on n’était pas anglais ou américain. On m’a donc pris à l’essai. » Le professeur Bushrui s’est montré à la hauteur de la tâche au point que, ayant terminé son doctorat avec six mois d’avance, on lui a offert un poste d’enseignant temporaire. « Je n’en revenais pas. Un arabe pour enseigner leur littérature à de jeunes anglais, ça ne s’était jamais vu ! »

C’est la conjonction de ces deux mondes (son enfance arabe et son éducation anglaise) qui a donné à Suheil Bushrui l’idée de relier les cultures. « Mes deux cultures se rejoignent sur ce vaste terrain que l’on appelle couramment ‘la philosophie pérenne’. Mes travaux sur Yeats ont toujours porté sur cette philosophie, la quête d’une religion universelle.»

Rendue populaire par Aldous Huxley, l’expression « philosophie pérenne » sous-entend l’idée que derrière toutes les religions et les cultures se cache une réalité divine unique, bien qu’elle ait été révélée à l’humanité à des moments différents de son histoire et sous des formes différentes.

La voie de la tolérance

L’autre influence majeure qui a façonné la pensée du professeur Bushrui est sa croyance en la foi bahá’íe. Il a été imprégné des enseignements bahá’ís depuis sa tendre enfance et l’un des principes bahá’ís essentiels, celui de l’unité de l’humanité et de la religion, revient constamment dans ses écrits et ses conférences.

« Pour moi, la religion bahá’íe a ouvert des perspectives fabuleuses de tolérance à l’égard des autres traditions, en mettant l’accent sur ce qui est commun aux différentes cultures et religions du monde. »

Après avoir passé son doctorat, M. Bushrui est allé enseigner au Nigeria, puis au Canada. En 1968, il s’est installé au Liban où il a occupé un poste à la faculté d’anglais de l’université américaine de Beyrouth.

« Mon retour au Liban s’explique en partie par mon désir immense de publier en arabe et de m’exprimer dans cette langue. Je l’aimais depuis l’enfance. C’est au Liban que j’ai commencé à étudier sérieusement Khalil Gibran. »

Comme ce fut le cas pour Yeats, le professeur Bushrui a trouvé dans l’œuvre et la vie de Khalil Gibran un reflet de la pensée universelle qui lui a semblé pouvoir être d’un grand secours pour guérir les maux de l’humanité. « Gibran a sans doute été l’un des tous premiers apôtres de l’unité du monde et des religions », dit encore M. Bushrui. « Malheureusement, il a été ignoré par les intellectuels. »

M. Bushrui s’est efforcé de sortir Gibran de l’oubli en publiant plusieurs livres sur le poète libanais. Son dernier ouvrage, écrit conjointement avec Joe Jenkins, s’intitule ‘Khalil Gibran : l’homme et le poète’. D’après les auteurs : « Gibran a été l’un de ces rares écrivains qui transcendent véritablement les différences entre l’Est et l’Ouest, et c’est à juste titre qu’il a pu se définir lui-même, bien que libanais et patriote, comme un citoyen du monde. Au-delà de la simple évocation de l’Orient et de son mystère, il a essayé, par le verbe, de communiquer la nécessité de concilier Christianisme et Islam, spiritualité et matérialisme, Orient et Occident. »

Ces réflexions pourraient à bien des égards s’appliquer à la vie et à l’œuvre de Suheil Bushrui lui-même qui, par ses traductions de poèmes anglais en langue arabe et de poèmes arabes en langue anglaise, de même que par son érudition et ses commentaires sur la poésie des deux cultures, a essayé lui aussi de rapprocher l’Orient et l’Occident.

L’un de ses derniers ouvrages, ‘The Wisdom of the Arabs’ (La sagesse des arabes), est une compilation de dictons et d’aphorismes traditionnels de la culture arabe et vise à promouvoir la tolérance à l’égard des autres cultures par le biais d’une approche populaire.

« C’est un livre très important », dit Mounzer Sleiman, spécialiste de la culture et de la sécurité arabe. Pour lui, le professeur Bushrui est le « super ambassadeur » de la culture arabe. « Il rend l’essence de la philosophie arabe parfaitement compréhensible au public occidental et montre que l’héritage arabe est totalement en prise avec l’expérience humaine. »

Connu surtout comme un intellectuel, le professeur Bushrui n’en est pas moins à l’écoute du « monde réel » lorsqu’il défend le principe d’harmonie entre les cultures. Au Liban, il a eu pour étudiant Amine Gemayel, qui, devenu plus tard président du pays l’a nommé conseiller culturel. Ce poste l’a placé directement sur le terrain de la politique internationale et de la diplomatie.

M. Bushrui commente cette expérience : « A cette époque, la question essentielle au Liban était de savoir comment arriver à se comprendre et à favoriser l’entente entre les différentes religions, surtout entre les chrétiens et les musulmans. A mon sens, c’était possible par le biais de l’art et des œuvres majeures de la littérature, en particulier celles de Gibran lui-même. »

« Ce que la plupart des gens ne comprennent pas », dit-il, « c’est que la littérature est une discipline complète. Elle englobe la psychologie, l’histoire, la culture et la politique. Et ce qui m’a intéressé, c’est l’interaction entre la culture et la religion et comment on peut concilier les deux. »

Dans l’un de ses discours les plus distribué, ‘The Spiritual Foundation of Human Rights’ (‘Le fondement spirituel des droits de l’homme’), M. Bushrui explique que puisque toutes les religions reconnaissent « l’existence de l’âme et la relation entre l’âme et son créateur », elles admettent par essence que « les être humains jouissent de certains droits inaliénables qu’aucune autorité terrestre ne peut arbitrairement ou systématiquement supprimer ».

Un début marqué par le scepticisme

Bien que les succès du professeur Bushrui soient largement reconnus aujourd’hui à l’université de Maryland, les enseignants et les administrateurs se demandaient au départ si un spécialiste de la littérature avait bien sa place dans un centre de recherche, tel que le Centre pour le développement international et la gestion des conflits (CIDCM).

« Etant donné que j’appartiens à une discipline empirique, celle des sciences sociales, je dois dire qu’il m’a fallu un moment avant de comprendre comment un homme ayant eu un parcours aussi singulier que Suheil pouvait avoir sa place dans un centre de recherche comme le nôtre », dit Jonathan Wilkenfeld, directeur du CIDCM. Or, dit-il, « nous avons fini par comprendre que construire la paix, c’est bien autre chose qu’entrer dans les forces de maintien de la paix des Nations Unies ou signer des traités. Au niveau de la population, il y a un besoin de communiquer et de comprendre la culture, les idées et la religion des autres. A cet égard, Suheil est un ‘constructeur de ponts’ unique en son genre ».

Le professeur Bushrui est aussi très proche de ses étudiants qui l’apprécient beaucoup. Selon Elie Teichman, 21 ans, étudiant à l’université, le séminaire de Bushrui intitulé 'The Spiritual Heritage of the Human Race' (L’héritage spirituel de la race humaine) a été l’une de ses expériences d’étudiant les plus enrichissantes.

« Nous avons exploré les religions égyptiennes et africaines, le christianisme et l’islam, et nous avons parlé de tout ce qui les rapproche, de leur éthique et de leur morale communes », dit M. Teichman, qui pense entrer dans une école rabbinique après son diplôme. « J’ai acquis une vision très optimiste de ce que pourrait être l’avenir. »

Selon Cynthia Roberts Hale, vice-doyenne du Collège des sciences sociales et du comportement de l’université de Maryland, le professeur Bushrui a eu « une influence considérable » sur l’université.

Mme Hale, qui a beaucoup travaillé avec le professeur Bushrui, ajoute : « Quand il est arrivé, les sceptiques à son égard étaient nombreux. Mais il s’est fait des amis sur tout le campus et a forcé le respect parce que c’est un universitaire à part entière et également un citoyen du monde. Les universitaires délivrent trop souvent un message qui ne vaut que pour eux-mêmes. Mais Suheil a cette faculté de communiquer avec tout le monde, aussi bien un enfant, un universitaire qu’un membre de la Chambre des Lords. »



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Dernière mise à jour le 21/11/2017