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Revue n° 49-50, 2004

Le Tchad récolte les fruits d’un projet de protection de la pêche

APRODEPIT, une organisation non gouvernementale d’inspiration bahá’íe, mise sur la participation et le dialogue pour protéger l’environnement et développer les communautés riveraines du Chari.

WALTAMA, Tchad — Ali Mahamat, fabricant et vendeur de filets de pêche, avait bien constaté que le Chari était de moins en moins poissonneux dans ce pays d’Afrique subsaharienne.

« Il y a quinze ans, la pêche était bonne », dit-il. « Mais le poisson s’est fait de plus en plus rare puis a quasiment disparu. »

Ali Mahamat reconnaît avoir contribué inconsciemment à cette extinction il y a quelques années. Il pensait aider les pêcheurs en leur vendant des filets à maille de plus en plus petite pouvant capturer le peu d’alevins encore présents dans le Chari. Il comprend aujourd’hui qu’il a eu tort de s’être engagé dans cette démarche.

Un jour, alors qu’il venait vendre ses filets aux pêcheurs de ce village situé à environ 70 kilomètres au sud-est de Sarh, la capitale de la région, les pêcheurs n’en ont plus voulu. Regroupés pour relancer la pêche, ils ont commencé à prendre au sérieux les lois sur la protection de la nature. « Ils ne voulaient plus de mes filets à petite maille », disaient-ils « seulement des filets à grosse maille, pour protéger le poisson ».

C’est ainsi que le Chari est redevenu poissonneux dans la région de Sarh et que cette région retrouve d’autres signes de prospérité grâce à APRODEPIT (Action pour la promotion des ressources des organisations de défense de l’environnement et de la pisciculture intégrée au Tchad), organisation non gouvernementale d’inspiration bahá’íe qui travaille ici depuis plus de dix ans à la promotion du développement durable.

Basée à Sarh, APRODEPIT offre aux communautés une formation dans les domaines de la pêche, de la pisciculture et de la conservation du poisson par le fumage et le séchage. Cette formation vise aussi la préparation du compost, l’arboriculture, le reboisement et la protection de la nature.

C’est ainsi qu’elle a formé plus de 140 groupes communautaires dans la région ainsi que des douzaines d’autres près de N’Djamena, la capitale nationale.

Elle a aussi permis à certains groupes de se lancer dans d’autres activités grâce à ses méthodes d’organisation et de consultation particulières : ouverture d’écoles communautaires, mise en place de classes d’alphabétisation pour les femmes ou organisation de greniers collectifs.

« En réalité, notre formation vise essentiellement à apprendre aux communautés à être autonomes », dit Yam-bel-yam Kosse Malla, fondateur et directeur d’APRODEPIT. « L’idée de base est de promouvoir un processus organique de développement communautaire. »

« On commence par la pisciculture et on récolte le poisson. Puis, on constate que l’argent rentre mais que les enfants ne sont pas éduqués. Alors on décide de créer une école. Ensuite, on constatera peut-être qu’il y a un problème de santé. Alors on fera de l’éducation sanitaire. Ce système permet au village de se développer progressivement. » Cette approche a bien fonctionné à Waltama, où un premier groupe, formé en 1995, s’est lancé dans une palette très diverse d’activités allant de la pêche à l’ouverture d’une école de village en passant par un programme d’alphabétisation pour les femmes.

« Je pense que les groupes d’activité sont vraiment utiles », dit Gastone Allada, 70 ans, chef de Waltama, qui reconnaît le rôle vital d’APRODEPIT dans ce processus. « Avant, il n’y avait pas de poisson, aujourd’hui, il y en a. Aujourd’hui, nous avons aussi une école. Avant, il n’y en avait pas. Alors, je suis très heureux. »

Au cœur de l’Afrique subsaharienne, le Tchad est l’un des pays les plus pauvres du monde. Dans son Rapport 2003 sur le développement dans le monde, le Programme des Nations Unies pour le développement le classe parmi les 11 pays les moins développés du monde.

La découverte de réserves importantes de pétrole a redonné espoir au pays. Aux termes d’un accord unique en son genre entre les compagnies pétrolières, la Banque mondiale et le gouvernement tchadien, les revenus du pétrole doivent servir à financer les écoles, les routes, l’adduction de l’eau ou d’autres projets de développement prioritaires.

Utilité de l’expérience locale

Le gouvernement tchadien considère APRODEPIT comme un partenaire modèle pour la promotion du développement durable.

« En s’appuyant sur l’expérience locale, avant d’introduire les nouvelles technologies, et en gardant des contacts permanents sur le terrain avec les groupes qui participent aux projets, APRODEPIT a pu obtenir un taux de réussite impressionnant », dit Nénodji Madingar, directeur adjoint des Forêts et de la Désertification au Ministère de l’environnement et de l’eau. « Cette approche mériterait d’être suivie par d’autres agences de développement. »

L’histoire d’APRODEPIT a débuté au milieu des années 80. A cette époque, le niveau de l’eau des rivières et des lacs baissait, les pratiques de pêche étaient mauvaises, certaines espèces aquatiques disparaissaient et il fallait enrichir l’alimentation en protéines.

Guidé par l’enseignement de la foi bahá’íe qui privilégie l’esprit de service à autrui, Kosse Malla s’est lancé dans l’élevage de poisson à Bongor où il vivait alors. Quelques années auparavant, il avait suivi une formation spécialisée dans ce domaine et en 1985, avec sa femme, il a commencé à mettre de côté environ 25 % de l’argent du ménage pour financer le projet.

Aidé d’un seul employé, il a creusé deux bassins d’environ 600 mètres carrés et les a remplis d’environ 3000 tilapias, un poisson qui se développe et se reproduit rapidement. Le succès de cette entreprise a permis de créer une petite association avec sa famille et 11 autres familles. Cette association est devenue APRODEPIT.

Au fil du temps, APRODEPIT s’est déplacée de Bongor à Sahr et le premier groupe des 12 familles en a désigné officiellement un conseil d’administration et plusieurs comités consultatifs.

APRODEPIT a une approche originale du développement qui prône l’égalité des droits de l’homme et de la femme, la protection de l’environnement, la croissance systématique, et par-dessus tout la consultation et la coopération avec la population locale.

« Les habitants du village de Waltama admettent que la consultation qu’encourage APRODEPIT est l’une des clés de leur réussite, comme en témoigne l’organisation du grenier collectif », dit Michel Miramadjingaye, président du groupe de Waltama.

Autrefois, tout le monde engrangeait son blé à domicile. Mais il était souvent transformé en alcool et chacun le vendait pour son compte personnel.

« Aujourd’hui tout le monde apporte sa récolte au groupe et le blé est stocké. Ensuite, on décide collectivement du calendrier des ventes, et de la durée du stockage avant la vente. Ainsi, on évite de le gaspiller. Au contraire, on surveille les prix et on ne vend que lorsque c’est rentable », dit-il encore.

C’est le groupe qui a eu l’idée du grenier, mais APRODEPIT a offert une formation en comptabilité et gestion pour que l’entreprise soit viable. « Ainsi, les gens apprennent à faire des prévisions et à gérer leur budget. »

Les hippopotames et la pêche

La création de zones de pêche protégées est la réalisation la plus importante de APRODEPIT.

Les groupes locaux de Waltama et des villages voisins ont déclaré zones protégées certaines parties du Chari et mis en œuvre des réglementations pour interdire les filets à petites mailles et limiter leurs propres activités dans le but de faire revenir les populations locales de poisson. Ils ont aussi décidé collectivement de créer une zone protégée pour les hippopotames.

Les habitants du village avaient en effet constaté que le fleuve était plus poissonneux là où il y avait des hippopotames et, avec l’aide de responsables d’APRODEPIT sur le terrain, ils ont installé des poteaux pour indiquer les portions protégées du fleuve. Ils ont également créé des patrouilles de surveillance pour faire fuir les braconniers.

C’est ainsi que depuis 1995, le nombre des hippopotames est passé de deux à 200, ce qui a amélioré la pêche. Les réserves halieutiques se sont repeuplées pour moitié. « Avant, on ne pêchait pas un seul poisson dans cette partie du fleuve », dit Bernard Noubaram, un pêcheur de 27 ans.

D’autres communautés à l’est et à l’ouest du Chari ayant eu écho du succès remporté à Waltama et dans les environs ont demandé à APRODEPIT de les aider aussi.

Dans le village de Kodjoguila, par exemple, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Sahr, un tout nouveau groupe a limité la pêche dans l’un des réservoirs saisonniers du lit du fleuve.

Dangabo Ngamaye, ancien pêcheur qui enseigne aujourd’hui à Kodjoguila, explicite la démarche suivie : « En commençant par le poisson, nous espérons faire comprendre clairement aux gens que rien n’est jamais perdu. Et quand ils verront que ça marche, nous pourrons peut-être reboiser nos forêts et faire revenir le gibier. »

Lorsque des villages tels que Kodjoguila demandent l’assistance d’APRODEPIT, l’organisation commence par convoquer la population en assemblée générale. Elle explique quel type de formation elle peut lui apporter et lui demande de se répartir en deux groupes d’activité, généralement un pour les hommes et un pour les femmes.

Les groupes sont ensuite encouragés à discuter entre eux de leurs problèmes et, en consultation avec le personnel d’APRODEPIT sur le terrain, ils étudient les différentes solutions possibles. Ce processus consultatif est la clé de la méthode d’APRODEPIT.

« Les résultats d’un projet sont très différents si on fait appel à l’expérience locale plutôt que de l’ignorer ou, pire encore, de chercher à s’en débarrasser », dit Mme Madingar du Ministère de l’environnement et de l’eau. « Les bénéficiaires sentent d’emblée qu’ils sont les partenaires d’un projet plutôt que des observateurs. C’est apparemment la méthode de base d’APRODEPIT et elle devrait être accessible au plus grand nombre. »

L’une des principales préoccupations de la région était la disparition du poisson. Or, la déforestation, le dépeuplement du gibier, le manque d’éducation et l’analphabétisme des femmes sont apparus également comme des problèmes importants.

Plusieurs groupes progressent suivant le même « processus organique ». A Waltama, par exemple, les femmes ne se consacrent pas seulement à la conservation et à la vente du poisson mais elles ont aussi créé des classes d’alphabétisation pour les membres de leur groupe.

« Nous avons commencé ces cours pour permettre aux mères d’aider leurs enfants à faire leurs devoirs », dit Ruth Nevino, 40 ans, présidente du groupe des femmes. Elle explique que chaque femme prélève environ 1 dollar par mois sur l’argent tiré de la vente du poisson pour rémunérer l’enseignant dont le salaire est financé en partie par APRODEPIT.

Et d’ajouter : « Si nous avons un peu d’argent, nous ouvrirons une pharmacie dans le village pour avoir quelques médicaments. »



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Dernière mise à jour le 22/09/2017