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 Baha'u'llah
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Pour les dernières nouvelles concernant la Communauté Internationale Bahá’íe en anglais, se référer au site : Bahá'í World News Service
Revue n° 55-56, 2007

Une nouvelle étape franchie dans la surveillance des bahá’ís d’Iran

NEW YORK – Le climat actuel en Iran semble augurer une fois de plus de prochaines atteintes graves aux droits de l’homme. Cette situation alarme vivement les associations et organes de défense des droits de l’homme, s’agissant en particulier du sort de la communauté bahá’íe d’Iran, persécutée depuis longtemps.

La principale cause de cette préoccupation est la divulgation d’une lettre confidentielle datée du 29 octobre 2005 par laquelle le chef d’Etat major des armées ordonne à la police et aux gardiens de la révolution de « ficher » et « surveiller » tous les membres de la communauté bahá’íe d’Iran.

Cette lettre a été divulguée au printemps 2006 par le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté de religion ou de conviction, Asma Jahangir, qui se dit « extrêmement préoccupée » par son contenu.

« Une telle surveillance est une atteinte intolérable et inacceptable aux droits des membres des minorités religieuses », dit Madame Jahangir qui craint que les informations recueillies par le biais de cette surveillance soient utilisées pour renforcer la persécution et la discrimination dont font l’objet les bahá’ís.

Dans une déclaration datée du 5 avril 2006, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) dit craindre que « le recensement et la surveillance des bahá’ís, associés à une propagande de haine dans la presse, ne conduisent à une discrimination accrue à leur égard et appelle les autorités iraniennes à respecter leurs engagements internationaux en matière des droits de l’homme ».

Fin juillet 2006, Amnesty International obtenait une copie de la lettre confidentielle du Chef d’Etat major des armées et l’a rendait publique. Le texte intégral de cette lettre est publié page 19.

Fin octobre 2006, la Communauté internationale bahá’íe obtenait copie d’une autre lettre – datée du 19 août 2006 – par laquelle le Ministre de l’Intérieur iranien ordonne aux administrations locales de renforcer leur surveillance des activités de la communauté bahá’íe.

Dans cette lettre, il est demandé aux administrations locales de remplir un questionnaire détaillé portant sur les activités locales des bahá’ís et notamment sur leur statut financier, leurs relations sociales et leur association avec des organisations étrangères. Cette lettre est la dernière en date d’une série de documents confirmant l’existence d’un effort national visant à identifier et surveiller les bahá’ís d’Iran.

Attaques dans la presse

L’autre sujet de préoccupation est la récente série d’attaques dans la presse iranienne contre la foi bahá’íe. Depuis fin 2005, Kayhan, le quotidien officiel de Téhéran publie de manière quasi journalière des articles négatifs et souvent diffamatoires sur les bahá’ís et leur religion. Ces articles visent clairement à éveiller chez les lecteurs des sentiments de suspicion, de méfiance et de haine à l’égard de la communauté.

Dans ces articles, l’histoire est délibéré-ment falsifiée et les documents historiques utilisés sont des faux. Ils présentent de manière mensongère les bahá’ís comme des êtres immoraux dans le seul but de choquer la population. D’autres médias iraniens ont emboîté le pas et lancé des attaques contre les bahá’ís à la radio et la télévision.

Avant le début des précédentes campagnes de persécutions contre les bahá’ís, par exemple en 1955 et 1979, des articles et des émissions de radio tout aussi diffamants avaient été diffusés afin d’attiser la haine et les préjugés pour préparer la population à ce qui allait suivre.

Bani Dugal, principale représentante de la Communauté internationale bahá’íe auprès des Nations Unies lance un cri d’alerte : « Nous lançons un appel urgent à toutes les nations et à tous les peuples au nom de nos coreligionnaires iraniens afin qu’ils ne permettent pas qu’un peuple pacifique et respectueux des lois soit menacé par les extrêmes auxquels la haine aveugle peut mener », dit-elle. « Les faits atroces qui sont ressortis de circonstances similaires dans le passé ne devraient pas pouvoir se reproduire aujourd’hui. Pas une nouvelle fois. »

Réactions de la communauté internationale

Dans une résolution du 16 novembre 2006, le Parlement européen rappelle que les bahá’ís sont « victimes de discriminations et de répressions violentes », ne peuvent pas exercer leur religion et « sont en outre privés de tous les droits civils, tels leurs droits de propriété et d’accès à l’enseignement supérieur ». Le Parlement « invite les autorités iraniennes à éradiquer toutes les formes de discrimination inspirées par des motifs religieux » et « demande notamment la levée de l’interdiction de facto frappant la pratique du culte Bahá’í ».

De même, l’Assemblée générale des Nations Unies a, dans sa résolution du 19 décembre 2006, enjoint « le Gouvernement de la République islamique d’Iran d’éliminer, en droit et en pratique […] toutes les formes de discrimination inspirées par des motifs religieux […] et autres violations des droits de l’homme dirigées contre des personnes appartenant à des minorités, y compris […] les Bahá’ís […]. » Cette résolution a été adoptée par 72 voix pour, 50 contre, et 55 abstentions.

Dans une déclaration du 28 mars 2006, le porte-parole du Président des Etats-Unis exprime la solidarité du gouvernement américain avec les préoccupations de Madame Jahangir.

« Nous demandons instamment au régime iranien de respecter la liberté de religion de toutes ses minorités et de veiller à ce que celles-ci jouissent de la liberté de pratiquer leur religion sans discrimination et sans crainte », dit Scott McClellan, l’attaché de presse de la Maison Blanche. « Nous continuerons à surveiller la situation des bahá’ís d’Iran de très près, et à exprimer notre désapprobation lorsque leurs droits seront bafoués. »

En Inde, le député Karan Singh a écrit une lettre au Premier ministre Manmohan Singh pour attirer son attention sur la déclaration du Rapporteur spécial et l’enjoindre « de prendre cette affaire en mains » avec les autorités iraniennes.

Au Canada, le lieutenant-général Dallaire, ancien commandant de la Mission des Nations Unies pour l’assistance au Rwanda a déclaré qu’« un tel inventaire de citoyens basé sur leurs croyances religieuses ou leur origine est le premier pas abject vers des violences systématiques et des crimes contre l’humanité ».

« Mon expérience au Rwanda et dans d’autres conflits me fait dire que le monde devrait être particulièrement attentif dès lors que les médias d’un pays commencent à répandre une propagande haineuse contre un groupe particulier », a ajouté Roméo Dallaire, aujourd’hui sénateur.

En France, le Ministre des affaires étrangères, M. Philippe Douste-Blazy a reçu depuis l’été 2006 des questions écrites de la part de plusieurs députés et sénateurs sur la situation des bahá’ís en Iran. En réponse, le Ministre a partagé la grande préoccupation des « autorités françaises [quant à] l’attitude des autorités iraniennes à l’égard des Iraniens de confession bahá’íe ». La réponse ministérielle à l’une de ces questions est publiée en intégralité dans le même numéro[Voir article sous le titre « Réponse du Ministère français des affaires étrangères à une question ... » dans le même numéro].

« Même avant la divulgation de la lettre du 29 octobre 2005, tout indiquait que la communauté bahá’íe était de plus en plus surveillée par le gouvernement », dit Bani Dugal.

« Nous avons reçu des rapports indiquant que l’Association des chambres de commerce dresse une liste des bahá’ís dans tous les secteurs d’activité et d’emploi et qu’ils rencontrent des difficultés dans certaines professions dans différentes localités du pays. »

Et d’ajouter que le harcèlement personnel des bahá’ís se renforce. « Un mouvement semble dirigé contre les bahá’ís qui ont commencé à recevoir des notes, des CD et des tracts récusant la foi bahá’íe. »

Certaines communications parviennent sous forme de documents prétendument écrits par des bahá’ís qui auraient renié leur foi. Un tract intitulé « De la part d’un renégat » tente de montrer du doigt les prétendues « erreurs » de comportement des bahá’ís.

La société Hojjatieh

La réapparition et l’influence croissante de la société Hojjatieh dans les plus hautes sphères du gouvernement iranien est un autre sujet de grave préoccupation.

La société a été fondée en 1953 par un mollah shiite pour lutter contre la foi bahá’íe. Pendant la révolution de 1979, elle a contribué à attiser la haine contre les bahá’ís. Dès les premières années de la révolution, plus de 200 bahá’ís ont été tués, des centaines ont été emprisonnés et des milliers d’autres ont perdu leur emploi et leur retraite. L’accès à l’enseignement supérieur a par ailleurs été nié aux bahá’ís.

Au début des années 1980, la société Hojjatieh est tombée en disgrâce et a été dissoute en 1984, en partie pour des querelles théologiques. L’un des points de friction étant par exemple que la société estime qu’un Etat véritablement islamique ne peut être instauré avant le retour du 12ème Imam, personnage prophétique du 9ème siècle dont de nombreux shiites attendent le retour comme dernier sauveur de l’humanité.

Au cours de la dernière année, la société Hojjatieh a fait sa réapparition, en tant que faction influente. Certaines agences de presse, dont Reuters, l’ont dite liée aux plus hauts niveaux de l’administration iranienne. Selon des observateurs extérieurs, cette réapparition correspond au retour de la ligne dure au sein du gouvernement, dont le président Ahmadinejad, qui a souvent répété qu’il attendait le retour prochain du 12ème Imam.

Arrestations et détentions arbitraires

Au cours des derniers mois, les autorités iraniennes ont continué à arrêter et emprisonner un grand nombre de bahá’ís, puis à les relâcher. Ce procédé de harcèlement est une nouvelle forme de persécution de la communauté bahá’íe d’Iran destinée à instaurer un climat de peur.

A ce jour, 124 bahá’ís, arrêtés puis remis en liberté sous caution, attendent d’être jugés en première instance ou en appel.

Les cautions exigées sont élevées et représentent dans la plupart des cas des sommes importantes, des titres de propriété, ou d’autres formes de garanties personnelles. Dans presque tous les cas, les autorités s’approprient ces biens en l’absence de tout motif d’inculpation et sans que la date du jugement ne soit fixée.

« Nous sommes inquiets de voir que cette méthode de harcèlement, qui consiste à arrêter puis relâcher les personnes, soit de plus en plus utilisée à l’encontre des bahá’ís », dit Bani Dugal. « Ce procédé s’inscrit dans une stratégie d’intimidation de grande ampleur destinée à priver la communauté de ses droits et de ses perspectives d’avenir. »

La dernière grande vague d’arrestations remonte au 19 mai 2006. A cette date, 54 personnes ont été arrêtées dans la ville de Shiraz, dont une majorité de jeunes engagés dans des activités humanitaires. C’est le plus grand nombre de bahá’ís arrêtés en une seule fois depuis les années 1980.

Les arrestations se sont produites dans une école au moment où des bahá’ís, ainsi que plusieurs autres bénévoles non bahá’ís, faisaient classe à des enfants défavorisés dans le cadre d’une activité communautaire animée par une organisation non gouvernementale locale. Le Conseil islamique de Shiraz leur avait donné l’autorisation écrite d’exercer cette activité. Au même moment, les autorités perquisitionnaient six maisons bahá’íes à Shiraz, confisquant ordinateurs, livres et documents.

Au bout d’une semaine, la plupart des personnes arrêtées ont été relâchées en échange de cautions sous formes diverses. Les bénévoles non bahá’ís arrêtés le même jour ont tous été relâchés sans caution.

Expulsion des universités

Au mois d’octobre dernier, pour la première fois depuis 26 ans, 178 étudiants bahá’ís ont été acceptés dans les universités iraniennes qui refusaient jusqu’à présent d’ouvrir leurs portes à tous les étudiants de confession bahá’íe. Précédemment, les pressions internationales avaient tout d’abord poussé le gouvernement à accepter de changer sa politique en supprimant la case « religion » des formulaires d’inscription aux examens d’entrée à l’université.

Cependant, l’espoir a été de courte durée. A ce jour, 70 de ces 178 étudiants ont été expulsés de leur université – ou exclus avant même de commencer leurs cours – dès lors que l’administration a pris connaissance de leur croyance religieuse.

Ces informations indiquent que les autorités continuent à mettre en œuvre les prescriptions du mémorandum secret de 1991 par lequel le Conseil culturel révolutionnaire suprême détaillait un « plan d’étranglement silencieux » de la communauté bahá’íe d’Iran. Le mémorandum précisait notamment que les jeunes bahá’ís doivent : « être expulsés des universités, soit lors des formalités d’inscription, soit en cours d’études, dès l’instant où il apparaît qu’ils sont bahá’ís ».

Cette nouvelle manipulation intervient au moment où les observateurs internationaux des droits de l’homme constatent avec une inquiétude croissante que l’Iran intensifie la persécution dont font l’objet les 300 000 membres de la minorité religieuse la plus importante du pays.



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Dernière mise à jour le 20/09/2017