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Revue n° 3, 1990

La prévention de la toxicomanie et de l’alcoolisme : une vision globale

Une interview avec le Dr. A.M. Ghadirian

Au printemps dernier, le Dr. A.M. Ghadirian s’est rendu dans sept pays d’Amérique latine afin de rencontrer des responsables des gouvernements et des services de santé sur le thème de « La prévention de la toxicomanie et de l’alcoolisme : une vision globale ». Professeur de psychiâtrie à l’université Mc Gill de Montréal, le Dr. Ghadirian a travaillé avec des adolescents dans le cadre de programmes de prévention de la toxicomanie au Canada. Il est aussi l’un des membres fondateurs de l’Agence internationale bahá’íe de la santé, conseiller auprès de la Communauté internationale bahá’íe pour les questions de prévention de l’alcoolisme et de la toxicomanie. Au cours de la dernière décennie, le Dr. Ghadirian a participé à plusieurs importantes conférences internationales, sous l’égide des Nations Unies, sur la toxicomanie, et a dirigé de nombreux séminaires sur la prévention de l’alcoolisme et de la toxicomanie en Europe et dans les Amériques. Il est l’auteur d’un ouvrage intitulé « En quête du Nirvana : une nouvelle perspective sur la dépendance de l’alcool et des drogues » (Edition George Ronald, Oxford, 2ème édition, 1989).

ONE COUNTRY a interviewé le Dr. Ghadirian sur sa visite en Amérique latine et ses opinions en matière de prévention de la toxicomanie.


Question : Il est clair que la question de la drogue est devenue un problème national dans les pays d’Amérique du Nord et d’Europe. Avez-vous rencontré des problèmes similaires en Amérique centrale et en Amérique du Sud ?

Dr. Ghadirian : Dans les pays que j’ai visités – parmi lesquels Bélize, Le Costa Rica, le Vénézuela, la Trinité, le Guyana, le Suriname et la Guyane française, - j’ai constaté une préoccupation croissante quant aux problèmes de la consommation de drogue et d’alcool. Les drogues en provenance de pays d’Amérique du Sud tels que la Bolivie et la Colombie transitent par nombre de ces pays, en route vers l’Amérique du Nord.

Lorsque j’étais au Suriname, par exemple, un avion privé a atterri, et plus de 100 kilos de cocaïne ont été saisi – la plus forte saisie jamais réalisée dans ce pays. Les autorités se montraient fort surprises; elles ne pensaient pas qu’il existait dans ce pays un problème de toxicomanie aussi étendu. Du fait de ce transit de la drogue, la jeunesse commence à être de plus en plus affectée. Dans certains pays, on cultive aussi la marijuana. Ainsi, l’accès à la drogue et sa disponibilité jouent ici un rôle certain. La consommation de drogue n’est pas aussi répandue qu’en Amérique du Nord et en Europe, mais elle a tendance à s’accroître.

Question : Les gouvernements s’attaquent-ils à ces problèmes ?

Dr. Ghadirian : Oui. Les autorités que j’ai rencontrées – parmi lesquelles le Premier ministre de Guyana et le Président de Trinité et Tobago, – se disaient très préoccupés. Les ministres surinamiens de la santé et de l’éducation m’ont déclaré que le gouvernement allait mettre en oeuvre un programme éducatif dans l’enseignement secondaire afin de prévenir la toxicomanie. Il a pour but d’éduquer les enfants quant aux effets nocifs sur le cerveau des drogues illicites. Il y a bien des idées fausses sur la drogue parmi les jeunes, car ceux-ci ne connaissent pas toutes les données du problème. A travers le système éducatif, l’on devrait tout leur dire et leur fournir une vision claire de la prévention de la toxicomanie.

Question : A quoi attribuez-vous le développement de la toxicomanie, dans les pays que vous venez de visiter et, plus généralement, à travers le monde ?

Dr. Ghadirian : La disponibilité de la drogue et l’attitude personnelle de chacun à l’égard de la consommation d’alcool et de drogues jouent un rôle important. Parmi les autres facteurs qui interviennent, citons la rupture de la vie familiale et l’isolement face à la société. La solitude, en particulier parmi les femmes, la pression de l’émulation parmi les jeunes, ainsi que les problèmes de l’ennui et du chômage, sont d’autres facteurs psychosociaux. La tension provoquée par de brusques trans-formations dans notre monde moderne et la pression de la vie urbaine, si empreinte de concurrence, peuvent favoriser une recherche individuelle de satisfaction immédiate par les drogues.

Dans un sens plus large, et en tant que problème global, j’estime que le concept sous-jacent de bonheur humain doit être réexaminé. Dans de nombreux pays, le bonheur est perçu comme une marchandise qu’on croit pouvoir acquérir ou trouver par des moyens matériels.

L’on considère que la drogue et l’alcool peuvent apporter ce genre de bonheur et, à mesure que l’humanité dans son ensemble devient plus désemparée et découragée devant les problèmes et les tensions auxquels elle est confrontée, ce genre de bonheur devient séduisant.

Question : Ainsi, selon vous, le problème de l’alcoolisme et de la toxicomanie ne peut être séparé des problèmes et des tensions qui affectent la société.

Dr. Ghadirian : Dans un sens large, non. Le monde est dans un état de transition entre un mode de vie traditionnel et un nouveau mode de vie. Les problèmes de la dépendance, de la toxicomanie, de la violence, de la décadence morale et des conflits, sont les symptômes d’un monde en transition. Les valeurs anciennes et l’ordre établi s’effondrent. En conséquence, certains perdent leurs convictions, se sentent menacés, et les drogues leur apportent ce qui semble être un moyen aisé d’atténuer cette insécurité. A titre d’exemples, nous constatons des crises dans tous les domaines – crise dans l’éducation, crise en politique, crise dans le juridique et l’éthique, crise en matière de religion. Nous percevons des crises similaires en médecine, en psychologie et dans les sciences économiques, et toutes ces crises affectent profondément les rapports entre les hommes.

Dans une perspective bahá’íe, toutes ces crises font partie d’un processus évolutif naturel qui nous conduira vers une nouvelle civilisation mondiale fondée sur l’unité de l’humanité et une interdépendance planétaire totale. Mais ces nouveaux modes de pensée tendent à ébranler les structures anciennes, provoquant ainsi beaucoup de tension dans la société.

Si les hommes n’ont pas une vision claire de la signification spirituelle de cette transition, de la finalité vers laquelle progresse le monde, alors ils sont accablés par ces tensions et ces angoisses. Si, au contraire, ils perçoivent qu’une nouvelle civilisation, un nouveau système de valeurs et un nouvel ordre mondial remplacera le système traditionnel désormais obsolète et en décadence, qui se disloque de partout, alors cette perception confère un sens nouveau aux affaires mondiales, avec pour résultat de donner aux hommes et aux femmes un sentiment d’assurance qui les délivrera du besoin de «s’évader» dans la consommation d’alcool et de drogue.

Question : Quelles en sont les conséquences en matière de traitement de la toxicomanie et de l’alcoolisme ?

Dr. Ghadirian : Cela signifie que nous devons avoir une approche multi-dimensionnelle, qui opère à plusieurs niveaux de la société humaine : au niveau de l’individu, de la famille, de la société, et au niveau global.

Au niveau de l’individu, nous devons avoir une perception et une compré­hension très claires des valeurs humaines et de la nature de l’homme.

Nous devons comprendre que l’être humain est essentiellement un être noble, qui nourrit des aspirations tant ma­térielles que spirituelles, un être qui doit avoir un sens de la finalité de la vie. Si les êtres humains n’ont pas la pos­sibilité de satisfaire ces aspirations, ils cher­cheront d’autres voies pour accéder au bonheur – telles que les drogues et l’alcool.

La vision spirituelle de la vie apporte une plus grande tolérance dans cette recherche de l’épanouissement individuel. Ce fait a été prouvé maintes et maintes fois de par le monde, dans le cadre de nombreuses traditions religieuses. Ceux qui possèdent une vision de la vie sont davantage en mesure de tolérer les tensions que d’autres, obsédés par l’aspect matériel de leurs besoins et le désir de la satisfaction immédiate.

Question : Et qu’en est-il au niveau de la famille ?

Dr. Ghadirian : Je pense que la famille joue un rôle crucial dans la prévention de la toxicomanie. Aujourd’hui, dans de nombreux pays du monde, les parents travaillent et il n’y a pas de grands-parents ou d’autres membres de la famille pour s’occuper des enfants. En con­sé­quence, ces derniers grandissent sans le con­tact et la communication sou­hait­­ab­les avec leurs parents. Parfois, la drogue devient un moyen séduisant de remédier à cette carence. Les enfants ont besoin d’apprendre de leurs parents ce qu’ils peuvent attendre de la vie. Les parents devraient constituer un exemple pour leurs enfants. De plus, lorsqu’une famille est unie et soudée, cette unité apporte un sentiment de sécurité aux membres de la famille. Dans mes con­tacts, j’ai noté que, bien souvent, l’une des raisons pour lesquelles des parents ne parviennent pas à persuader leurs enfants d’éviter la drogue, c’est parce qu’ils consomment eux-mêmes de l’alcool ou des drogues.

Question : Et au niveau de la société ?

Dr. Ghadirian : A ce niveau, nous devrions faire de notre société une communauté dans laquelle les individus auraient la possibilité d’entretenir des rapports empreints de paix et non de concurrence.

Les programmes de prévention de la toxicomanie doivent, en premier lieu, affermir le sentiment des valeurs personnelles et de dignité. L’éducation doit aller au-delà de l’insistance mise actuellement sur la réussite matérielle; des programmes additifs devraient aider les hommes à découvrir une nouvelle signification de la vie.

Nous avons atteint un niveau de progrès technique tel, que nombre de nos désirs peuvent être exaucés instantanément. Encouragés par la publicité dans les médias, beaucoup d’entre nous en sont arrivés à croire que tous nos besoins devaient être immédiatement satisfaits. En tant qu’instruments de la société, les médias devraient s’abstenir d’un tel encouragement.

Question : Quelle peut être la contribution des bahá’ís aux débats sur la toxicomanie ?

Dr. Ghadirian : Notre principe d’abstinence en matière d’alcool et de médicaments non prescrits constitue un atout majeur pour la prévention de la toxicomanie. La communauté bahá’íe fait figure de modèle, car elle montre qu’il est possible d’être modéré au sein d’une société orientée vers la réussite, et d’être heureux sans la satisfaction tirée de la consommation de drogues.

Sur le plan pratique, les bahá’ís cherchent à promouvoir la justice sociale et économique. Les femmes et les jeunes, par exemple, se tournent parfois vers la drogue parce qu’ils ne peuvent accepter les inégalités et la discrimination qui ont cours dans la société. A travers divers projets de développement socio-économique, les bahá’ís tentent de pallier ces injustices. En fait, notre approche de la lutte contre la toxicomanie doit se situer à de nombreux niveaux et prendre en considéra­tion tous les aspects de la réalité humaine.



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Dernière mise à jour le 22/09/2017