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Revue n° 18, 1994

Destin de deux familles : un récit des mythes et des drames de notre siècle en Amérique


Le Plan infini
Isabel Allende
Fayard, 1993

Le beau titre de ce livre semble cacher mille promesses, inciter au rêve… Isabel Allende nous plonge dans un monde insolite, peuplé de personnages pittoresques, où les chemins des personnages se croisent, se séparent et se recroisent, et où les fils du récit nous conduisent aux quatre coins du monde.

Cette fois le cadre n’est plus le Chili, comme dans les romans précédents de l’auteur, mais les États-Unis. Le livre commence dans les années’ 40; la famille Reeves s’achemine lentement sur les routes désertiques de l’Ouest. Il nous amène ensuite à Los Angeles ; au Vietnam, où sévit la guerre et les horreurs qui l’accompagnent; à Rome, pour finir à San Francisco dans les années ‘80-90. Nous assistons à tous les événements qui ont marqué cette époque et nous faisons la con¬naissance de beaucoup de personnes hautes en couleurs.

Le livre trace le destin de deux familles, une américaine, les Reeves, et une mexicaine, les Morales. Leurs trajectoires se rejoignent et, malgré les péripéties qui les sépareront pendant beaucoup d’années, elles resteront étroitement liées.

Le personnage principal est Gregory Reeves. Au début du livre, c’est un jeune garçon, calme et réfléchi, qui observe tout ce qui se passe avec intérêt. Il deviendra un homme tourmenté, qui fuit à l’autre bout du monde pour exorciser ses démons.

Son père, Charles, était un prédicateur itinérant qui parcourait les États-Unis dans une fourgonnette pour prêcher la bonne parole. Il était accompagné de sa femme Nora, leurs enfants Judy et Gregory, et d’une amie, Olga, que Nora avait rencontrée sur le bateau qui l’amenait aux États-Unis de sa ville natale, Odessa. Sur la fourgonnette était affichée une pancarte sur laquelle étaient inscrits les mots « Le Plan infini ».

Charles Reeves prétendait avoir eu une révélation d’un Maître, qui avait fait apparaître devant ses yeux émerveillés « la carte parfaite de l’univers avec ses lois et ses secrets » et qui lui avait ordonné de répandre cette vérité. La petite famille se déplaçait donc par monts et par vaux pour faire connaître la nouvelle doctrine. Reeves donnait des conférences dans les villes et les villages qu’ils traversaient, tandis que Nora et Olga vendaient les billets et les livres que Reeves avait écrits pour expliquer le « Plan » et la position de l’homme dans l’univers.

Ceci formait le cadre paisible de l’enfance de Gregory. Il admirait la force, le charisme et l’autorité de son père, mais c’était sa mère qu’il aimait avec tendresse. Elle avait un caractère à l’opposé de celui de son père. Douce et éthérée, elle semblait être issue d’un royaume plus élevé que notre bas monde.

Puisque la famille voyageait tout le temps, les enfants ne pouvaient pas aller à l’école. Nora leur servait donc d’institutrice, leur enseignant, entre autres, la géographie et la poésie. A Gregory elle a légué son amour de l’astronomie et de l’opéra.

Ces deux influences si différentes devaient, par la suite, façonner le caractère de Gregory. En matière de religion, son père était protestant et sa mère était bahá’íe. Plus tard, quand la famille a échoué au ghetto hispanique de Los Angeles, les enfants Judy et Gregory allaient être élevés comme catholiques pour ne pas trop se distinguer des autres. De la religion de sa mère, Gregory avait appris la tolérance des autres, un trait qu’il allait garder le reste de sa vie.

Le père est mort d’un cancer de l’estomac lorsque la famille séjournait à Los Angeles. Nora, frappée par le chagrin, s’avéra incapable de s’occuper de sa famille. Dans un premier temps, ils ont été hébergés par les Morales, dont le père était un ancien disciple de Charles Reeves. La chaleur, la bonté et l’amitié de cette famille allaient les aider à s’en sortir et les enfants Reeves allaient grandir dans le quartier hispanique de Los Angeles, où ils allaient faire l’apprentissage de la pauvreté et de la violence.

A la fin de sa vie, Charles Reeves allait montrer un visage tout à fait différent de celui que sa famille, ses amis et ses adeptes avait connu. Il était devenu hargneux et mauvais et son langage était ponctué d’obscénités. Plus tard, Gregory allait découvrir l’épouvantable secret qui avait marqué à tout jamais sa famille, et plus particulièrement sa fille.

Carmen et Juan José, deux des innombrables enfants Morales, deviennent les amis inséparables de Judy et Gregory, les aidant à s’habituer à leur nouvelle vie.

C’est une vie faite de violences et de bagarres, dont les règles sont inconnues par les nouveaux venus. Ils vont lentement et péniblement découvrir que le rêve américain ne l’est pas pour tout le monde, surtout si l’on a la peau basanée. Les enfants attirent l’hostilité des autres, parce qu’ils sont blonds avec les yeux bleus, le type même de leurs oppresseurs.

Les parents Morales, qui sont des personnes chaleureuses, honnêtes et droites, vont être des vrais parents pour Judy et Gregory et ils vont les aider à devenir des adultes responsables. Gregory connaîtra les bandes, la mort et il sera la victime d’un viol avant de devenir un homme.

Grâce à l’amitié d’un vieil homme, Cyrus, qui ouvre son esprit et qui l’aide à acquérir une certaine culture, Gregory pourra étudier le droit. Il quittera Los Angeles pour aller à l’université de Californie à Berkeley et il s’établira à San Francisco quand il aura obtenu son diplôme.

Il change de vie et de milieu en pleine révolution hippie, alors que toutes les règles de vie sont en train de changer. L’amour et la drogue sont devenus libres, mais Gregory vit mal de telles expériences. Il fait un mariage désastreux et il a une petite fille un peu bizarre. Quand il découvre l’infidélité de sa femme, le choc est si profond qu’il s’engage dans l’armée en pleine guerre du Vietnam.

Là il va traverser l’enfer et son âme portera à tout jamais des blessures profondes, traces de ce voyage.

Quand il rentre du Vietnam, l’Amérique a de nouveau changé. Personne ne veut entendre parler de cette guerre qui a gêné toute une nation. Il se sent seul et isolé et il se protège en devenant dur. Les années passent; il divorce de sa femme; sa fille grandit et sombre dans la drogue et la prostitution. Malgré ses efforts il est incapable de l’aider.

Un jour il craque et une merveilleuse femme, la psychanalyste Ming O’Brien, va l’aider à reconstruire sa vie.

A travers maintes épreuves, ce beau roman trace le chemin initiatique de Gregory, entouré de personnages hauts en couleurs et pleins de chaleur humaine. Il parle aussi des grands problèmes de notre siècle: la marginalisation et l’exclusion des groupes sociaux, la guerre du Vietnam et les traumatismes qui ont marqué toute une génération de jeunes gens, les difficultés de la vie de communauté, l’impossibilité de communiquer avec ses semblables, la banalisation de la drogue, le développement du mouvement hippie et l’avènement du féminisme.

Mais à travers tous ces drames, soufflent la vitalité et l’amour de Carmen et l’idéalisme de Cyrus. Allende montre non seulement les souffrances de ses personnages mais aussi leurs joies; un fil d’amour et d’espoir traverse tout le livre. A la fin, nous comprenons que Gregory fait aussi partie d’un plan divin qui est personnel et que sa tâche est de le retrouver. Le livre nous donne l’espoir qu’il réussira et l’auteur lui-même s’implique dans son histoire.

Jung disait que la possession la plus précieuse d’une personne est l’histoire de sa vie. Il arrive que quelqu’un perde la sienne, le rôle du psychanalyste est alors de l’aider à la retrouver. La foi aussi nous aide à trouver notre chemin et elle l’éclaire d’une lumière subtile. L’image de Nora, la mère bahá’íe que Gregory a tant cherché à comprendre, sera finalement un guide pour lui.



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Dernière mise à jour le 18/12/2017