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Pour les dernières nouvelles concernant la Communauté Internationale Bahá’íe en anglais, se référer au site : Bahá'í World News Service
Revue n° 18, 1994

Une agression en Afrique du Sud : l’héritage de l’apartheid

Alors qu’ils travaillaient pour l’unité des races, trois bahá’ís ont été tués, parce qu’ils étaient blancs et parce qu’ils fréquentaient des bahá’ís d’un quartier noir.

MDANTSANE, Ciskei, Afrique du Sud — Quand Hooshmand Anvari est entré au Centre bah,fi de ce quartier noir, avec un grand sourire et tenant ses mains au-dessus de sa tête, plusieurs des personnes présentes ont pensé que c’était une des plaisanteries qu’il avait l’habitude de faire.

« Il blaguait toujours », a dit Shumi Nkonzo, qui se trouvait parmi l’assistance ce dimanche de la mi-mars. « Nous pensions qu’il était de nouveau en train de plaisanter. »

Mais quand Mme Nkonzo et plusieurs autres bahá’ís de la région, réunis pour une discussion sur la vie de famille, ont vu un jeune homme suivre M. Anvari de près, tenant un pistolet braqué contre son dos, ils se sont rendus compte qu’il ne s’agissait nullement d’une plaisanterie.

Quatre hommes en tout, tous jeunes et tous en colère, sont entrés au Centre bahá’í le 13 mars dernier tandis que deux autres montaient la garde à l’extérieur. Pendant qu’ils brandissaient des armes automatiques les quatre ont ordonné à M. Anvari et aux deux autres blancs présents de se mettre à l’écart des 13 adultes et enfants noirs.

« Ils ont dit que les blancs devaient se tenir d’un côté de la pièce et les noirs de l’autre », a dit Mme Nkonzo, qui a 75 ans. « Puis ils ont dit aux blancs de sortir leurs clés de leurs poches. Après ils ont tiré sur eux et ils les ont tués. »

M. Anvari, un représentant de commerce d’ordinateurs de 43 ans, qui était marié et avait trois jeunes enfants, est mort sur le coup, ainsi que Riaz Razavi, 44 ans, directeur financier de l’université de Fort Hare, qui se trouve dans les environs. Le Dr. Shamam Bakhshandegi, un dentiste de 29 ans, était toujours en vie quand les hommes armés sont partis. Mais il est mort avant d’arriver à l’hôpital local, où il recevait ses patients, noirs pour la plupart, tous les matins.

Par un coup de téléphone à l’Agence de presse de l’Afrique du Sud, un homme a revendiqué les meurtres au nom de l’Armée azanienne de libération, un groupe de militants noirs. Plusieurs articles dans la presse ont suggéré que l’attaque était peut-être une protestation de la part de terroristes, contre la décision du Congrès panafricain de suspendre la lutte armée avant les premières élections multiraciales de l’Afrique du Sud en avril.

Pour la communauté bahá’íe de l’Afrique du Sud, le meurtre de trois de ses membres a été un grand choc. Car les bahá’ís en Afrique du Sud ont travaillé avec patience pendant plus de 40 ans pour promouvoir l’unité des races.

« C’est une ironie du sort que ce soit justement des bahá’ís qui soient victimes d’une attaque raciste, puisque nous avons toujours lutté pour l’unité entre les races », a souligné Krishna Naidoo, président du Conseil national des bahá’ís de l’Afrique du Sud.

Un travail discret pour l’entente raciale

Les trois victimes étaient toutes engagées dans la promotion de l’unité entre les races et dans un effort pour améliorer les conditions sociales de la population noire.

M. Anvari et sa femme avaient récemment établi un institut de travaux pratiques pour les jeunes enfants noirs. Le Dr. Bakhshandegi faisait partie d’un groupe de médecins blancs qui travaille à l’Hôpital Cecilia Makiwane à Mdantsane. Et M. Razavi, le directeur financier de l’université pour les noirs de Fort Hare, était un des rares blancs du personnel.

Leurs activités et leur engagement reflétaient le but global des bahá’ís de l’Afrique du Sud, qui travaillent depuis longtemps pour établir un modèle de société multiraciale. Ces efforts commencent à être reconnus et à porter leurs fruits.

« Dans les temps à venir, les bahá’ís deviendront de plus en plus connus », a dit M. Gerrie Lubbe, président national de la section sud africaine de la Conférence mondiale de la religion et de la paix à travers le monde. L’attitude bahá’íe concernant l’unité des races dans la diversité « est tout à fait en accord avec ce que nous espérons voir se développer en Afrique du Sud ».

Pendant les jours les plus sombres de l’apartheid, les bahá’ís avaient continué à avoir des réunions multiraciales. Leur but était d’établir une communauté diversifiée et harmonieuse qui devait, le moment venu, démontrer à tous les Africains du Sud que de telles relations sont non seulement possibles mais aussi un reflet de l’unité de l’humanité.

La diversité comprend toutes les races

Aujourd’hui la communauté bahá’íe sud africaine comprend presque toutes les races, les groupes ethniques et les tribus qui vivent ici. Plus de 90 pour-cent des 10 000 bahá’ís de l’Afrique du Sud auraient été classés comme non – blancs selon les anciennes lois raciales – une proportion à peu près identique à celle de la population du pays. La communauté bahá’íe est repartie à travers l’Afrique du Sud avec des Assemblées spirituelles locales dans plus de 200 villes, grandes et petites.

« Dans la communauté bahá’íe, il y a non seulement des Zulus et des Xhosas, les tribus principales qui sont en conflit en ce moment, mais aussi des personnes de la Venda, la Sotho, la Swazi et la Tswana », a dit M. Naidoo, interviewé au moment où la violence a atteint son apogée, juste avant les élections.

« Quand vous arrivez au Congrès national bahá’í, vous découvrez que, pendant que les autres membres de leurs tribus ou de leur groupes sont en train de se battre à l’extérieur, les bahá’ís, à l’intérieur sont en train de consulter ensemble; ils sont tous unis », a souligné M. Naidoo.

« Les bahá’ís en Afrique du Sud n’ont pas participé aux troubles civils; ils n’ont pas lancé des pierres ou des bouteilles », continue M. Naidoo. « Ils se sont plutôt consacrés à la reconstruction morale, au renforcement de notre propre communauté pour démontrer que les attitudes peuvent être changés. »

M. Naidoo, ainsi que d’autres personnes, ont souligné le fait que les Sud Africains commencent à connaître les bahá’ís et ce qu’ils ont accompli.

« Il est vrai que cette période de transition (entre un gouvernement blanc et un gouvernement multiracial) a rapproché les personnes des différentes religions », a dit Sheena Duncan, déléguée du Conseil des églises de l’Afrique du Sud. « Et les bahá’ís font partie de ce processus. Ils sont maintenant bien intégrés dans la communauté interreligieuse de l’Afrique du Sud. »

Observés par la police

Il n’a pas toujours été possible pour les membres de la communauté bahá’íe d’être aussi ouverts quant à leurs croyances en Afrique du Sud. Bien qu’il y ait dans ce pays des bahá’ís depuis 1911, une communauté importante s’est formée depuis les années ‘50.

Depuis cette époque jusqu’à la fin de l’apartheid en 1990, la communauté bahá’íe était surveillée de près par la police spéciale du gouvernement chargée de maintenir la séparation raciale. Parce que les bahá’ís sont tenus par les principes de leur foi d’adhérer à l’intégration raciale, et en même temps d’obéir aux lois de leurs pays, ils ont eu beaucoup de mal à organiser des réunions de discussions ou de méditations sous les anciennes lois raciales.

« Ce n’était pas du tout dans les moeurs que les noirs et les blancs se rencontrent », a dit Lowell Johnson, un américain qui vit en Afrique du Sud depuis 1953. « Pour nos réunions, nous étions obligés de faire entrer les gens par la porte de derrière, de les faire traverser la cuisine discrètement et après, avec les rideaux tirés, nous allumions les lampes. Bien que la loi permettait l’intégration raciale dans les maisons privées, si les voisins n’étaient pas d’accord il fallait arrêter. Il fallait donc faire attention même pour la réunion la plus simple. »

Daniel Ramoroesi, un des premiers noirs à devenir bahá’í dans les années ‘50, explique ainsi la situation : « Il n’aurait pas été toléré que nous proclamions ouvertement l’unité de l’humanité ou des races. »

Son épouse, Judy Ramoroesi, a ajouté : « La police nous surveillait tout le temps. Ma famille était une cible, mais ils n’ont rien pu trouver - parce que nous avons obéi aux lois. »

Néanmoins, la communauté bahá’íe est restée fidèle à ses principes. Le premier conseil exécutif bahá’í, élu en 1956, avait quatre membres blancs et cinq membres noirs. Comme l’a fait remarquer M.Johnson, un tel degré d’entente était extrêmement rare, sinon unique, pour un organisme national en Afrique du Sud à cette époque.

« L’intégration pratiquée par les bahá’ís n’est pas uniquement administrative, comme l’est devenue petit à petit celle pratiquée par les églises et d’autres groupes en Afrique du Sud. Elle est à la fois spirituelle et sociale », d’après Shohreh Rawhani, secrétaire du Conseil national des bahá’ís de l’Afrique du Sud. Elle ajoute : « Nous sommes encore loin de notre but, bien entendu, mais il y a, dans la communauté bahá’íe ici, un amour sincère entre les races qui va beaucoup plus loin qu’un concept intellectuel d’égalité. Et c’est cette sociabilité naturelle qui, nous pensons, offre un exemple unique. »

Toutes les races représentées

Pendant une réunion bahá’íe à Johannesburg, il y a quelques années, un observateur a compté les différents groupes ethniques représentés. Parmi 40 personnes présentes, il y avait des hommes et des femmes blancs, noirs, métisses, indiens, chinois et persans. Parmi les noirs, il y avait des membres des tribus Sotho, Batswana, Venda et Xhosa. Avant de devenir bahá’ís, ces personnes étaient chrétiennes, hindous, juives et musulmanes. Malgré la diversité d’origines, une ambiance chaleureuse et un esprit d’amitié véritable pouvaient être ressentis.

Il est bien entendu pas facile de décrire cet esprit en parlant de chiffres. Les statistiques concernant l’amitié interraciale et l’intégration véritable parmi les bahá’ís de l’Afrique du Sud sont difficiles à saisir.

« Pour moi, la communauté bahá’íe est très différente des autres communautés en Afrique du Sud » a dit Daphne Masethla, une habitante de Soweto de 66 ans, qui était présente à la réunion de Johannesburg. « Nous nous aimons véritablement. Nous avons des activités ensemble, des réunions, nous nous rendons visite les uns aux autres et nos enfants jouent ensemble. »



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Dernière mise à jour le 22/11/2017