The earth is but one country and mankind its citizens --

 Baha'u'llah
ONE COUNTRY ONE COUNTRY EN ONE COUNTRY FR

Pour les dernières nouvelles concernant la Communauté Internationale Bahá’íe en anglais, se référer au site : Bahá'í World News Service
Revue n° 29, 1997

En Thaïlande, un projet local aide une population négligée

Dans un district reculé, l’action des bahá’ís thaïs catalyse les efforts déployés pour émanciper la population Karen

DISTRICT D’OMKOI, Province de Chiang Mai, Thaïlande — Il y a neuf ans, à soixante ans, Boonphan Intawong a entrepris une série de voyages qui l’ont conduit dans ce district reculé et montagneux de la Thaïlande du Nord pour aider au redressement économique et social des Karen, une tribu indigène longtemps ignorée.

« La plupart des villages n’avaient pas d’écoles, » dit M. Intawong, enseignant aujourd’hui retraité. « J’ai eu le sentiment que personne ne s’intéressait à eux. »

M. Intawong, lui-même bahá’í, a demandé de l’aide à d’autres bahá’ís de sa ville natale de Takham Neau, qui est située dans une vallée à proximité du district d’Omkoi. En 1988 et 1989, M. Intawong et ses amis ont visité 26 villages du district pour exposer à leurs habitants des principes spirituels simples qui, à leur avis, peuvent les inciter à changer d’attitude.

« Nous avons évoqué les principes d’unité et d’unicité et examiné comment ces principes peuvent favoriser le progrès, » dit M. Intawong. « Nous avons trouvé une région rudimentaire. La population était dispersée et désunie dans ses pensées. »

Avec le temps, un sentiment communautaire plus fort s’est fait jour dans la plupart des 26 villages, et de nouvelles opportunités de développement ont été créées. D’autres bahá’ís de Thaïlande se sont associés aux activités lancées par M. Intawong et ont créé plusieurs écoles de soutien dans les villages et entrepris d’autres activités de développement à petite échelle. Ce processus a permis d’appuyer des plans de développement du district financés par le gouvernement, notamment l’ouverture d’autres écoles.

A cet égard, la communauté bahá’íe thaïe a joué un rôle de catalyseur pour introduire des changements positifs dans la population Karen du District d’Omkoi, l’un des moins développés de la Thaïlande. En menant à bien de leur côté quelques petits projets pilotes, les bahá’ís thaïs ont dans une certaine mesure ouvert la voie aux initiatives gouvernementales, à la fois en montrant ce qui est possible de faire et en jouant un rôle de liaison décisif entre les autorités thaïlandaises et la population Karen. Ainsi, tout ce qui est fait ici montre comment une organisation non-gouvernementale locale peut apporter un soutien majeur aux plans de développement nationaux.

Dans le cas précis, il s’agit d’un projet local qui, avec un minimum d’aide extérieure a pu se maintenir pendant plus d’une dizaine d’années. Il n’a reçu au départ aucune aide internationale ni même nationale, mais a pu démarrer grâce à la mobilisation d’une communauté, elle-même indigente, mais désireuse d’aider des voisins encore moins favorisés. Ceux qui ont bénéficié de ces initiatives disent tous qu’elles ont été le point de départ d’un changement durable.

Un district en déshérence

Le district d’Omkoi, très montagneux et recouvert de forêts, comprend 300 villages et hameaux disséminés sur 2.336 km2 à la frontière du Myanmar, à environ 180 km au sud de Chiang Mai, deuxième ville de la Thaïlande. La population du district se compose à 85% de Karen, tribu ethniquement à part dont les terres s’étendent au-delà de la Thaïlande et du Myanmar.

C’est en partie parce qu’ils parlent une langue et ont des coutumes propres que les Karen ont été coupés de la culture thaïe. De fait, ils sont tombés dans l’oubli et ont subi des préjudices. Il est certain que de nombreux Karen estiment qu’ils ont été victimes du mépris des autres.

La population Karen doit également faire face à de nombreux problèmes économiques. Les terres agricoles sont rares en raison du caractère accidenté du relief ; les méthodes d’agriculture sont primitives et reposent essentiellement sur les techniques de la coupe et du brûlage. Pour compléter les maigres revenus qu’elles tirent de l’agriculture, de nombreuses familles travaillent une partie de l’année en dehors du district comme travailleurs migrants. Selon l’Office de développement du district, le revenu annuel moyen par famille s’élevait en 1990 à environ 1 600 FF, bien que l’agriculture de subsistance représente un apport non négligeable.

Par ailleurs, l’approvisionnement en eau des Karen est insuffisant tout au long de l’année, leur taux d’analphabétisme est élevé et ils sont confrontés à un problème persistant d’opiomanie. D’après les sources gouvernementales, 18% des Karen de cette région fument de l’opium qui est cultivé localement.

Le gouvernement thaï a reconnu ces problèmes et augmenté le budget du district. En 1995, par exemple, 1 200 000 FF ont été alloués à la construction de nouvelles écoles, soit une augmentation significative par rapport au budget de fonctionnement annuel des écoles chiffré à environ 480 000 FF. D’autres agences et ONG continuent également à travailler ici. En 1988, par exemple, quatre agences des Nations Unies ont collaboré à un projet étalé sur quatre ans visant à répondre aux problèmes économiques et sociaux de 30 villages des districts montagneux voisins de Paepor.

Les activités des bahá’ís ont été concentrées dans 26 villages d’une région dans laquelle se sont rendus M. Intawong et ses amis à la fin des années 80. Suivant leur exemple, la Communauté bahá’íe de Thaïlande a mené en 1992 et 1993 une campagne spéciale de collecte de fonds pour l’établissement d’un Institut permanent. Environ 96 000 FF ont été recueillis et, en 1993, la Communauté a créé l’Institut bahá’í d’Omkoi qui centralise toutes les activités qu’elle mène actuellement dans le district en faveur du développement.

« L’objectif de l’Institut est, en résumé, d’entreprendre des activités de développement communautaire et d’améliorer le bien-être spirituel et physique de la communauté Karen » dit Sunapa Dechatattanon, directrice de l’Institut.

Dans ce but, l’Institut a, en maintes occasions, dirigé des écoles de soutien et dispensé une éducation dans les villages éloignés ou de petite taille qui n’avaient pas encore bénéficié du programme du gouvernement. En 1994 et 1995, il a dirigé sept écoles de villages et offert un enseignement de base à plus de 300 élèves dans des lieux mal desservis.

L’Institut a aussi organisé des cours d’éducation morale et d’alphabétisation. Ces cours s’adressent essentiellement aux enfants et aux jeunes gens de la région et représentent aujourd’hui le pivot de ses activités.

« Dans la situation de cette région, l’activité la plus importante et la plus efficace est l’éducation morale des jeunes » dit Mme Dechatattanon qui est arrivée à l’Institut en mai 1996 avec son mari, Giovani de Leon, originaire des Philippines. « Nous pensons que ces cours sont un moyen d’aider les jeunes à prendre confiance en eux et à reconnaître leur propre valeur. »

Dès lors qu’ils comprennent leur propre valeur, ajoute Mme Dechatattanon, les jeunes Karen sont mieux armés pour résister à l’attrait de l’opium et d’autres drogues. Les cours d’éducation morale visent également à enseigner que l’humanité est une et que les Karen en font partie. Ainsi, les jeunes se reconnaissent égaux aux autres et capables de changer et de progresser.

« Nous nous apprécions mieux »

Selon les participants aux cours, ceux-ci ont été un apport inestimable et les ont aidé à se sentir sur un pied d’égalité avec la majorité thaïe du pays.

« Certains aiment dire que nous sommes stupides et que nous ne savons ni lire ni écrire » dit Tanyarak Sujipong, une jeune adolescente de 14 ans originaire du village de Pongdin, l’un des villages où l’Institut a été particulièrement actif. « Mais l’Institut nous a appris à lire et à écrire et à ne pas nous droguer. Nous avons donc une meilleure conscience de nous-mêmes. Nous sommes à égalité avec les autres. »

Au printemps, Melle Sujipong a été l’une des quatre élèves de Pongdin a être admise à l’école secondaire régionale du district, témoignage important des progrès du village.

Khamnoi Gilatoh, âgée de 30 ans, mère de trois enfants et vivant dans le village de Pang Ong Mong, dit que même si sa fille de 10 ans fréquente une école du district voisin, les cours supplémentaires dispensés par l’Institut ont nettement accéléré les progrès de sa fille.

« A l’école élémentaire, les enfants n’apprennent pas grand-chose et jouent la plupart du temps » dit Mme Gilatoh. « L’enseignant est souvent absent et arrive en retard. A l’école bahá’íe au contraire, ils étudient plus et j’ai le sentiment que ma fille est devenue plus intelligente. Avant elle était silencieuse et timide. Maintenant, elle ose parler. »

Les autorités ont confirmé qu’il était souvent difficile de recruter de bons maîtres dans les districts éloignés où l’école se réduit souvent à une seule classe, ouverte à tous vents et recouverte d’un simple toit de chaume. « Mais c’est mieux qu’avant, » dit Bopit Vatavijarana, responsable du développement auprès de la Division nationale du développement communautaire en charge du district. « Le gouvernement travaille maintenant activement dans ce district et souhaite que le développement de la Thaïlande soit égal partout. »

L’Institut a également, joué un rôle de catalyseur important en tant qu’agent de liaison entre les communautés Karen avec lesquelles il travaille et les agents gouvernementaux chargés du développement comme M. Vatavijarana.

Selon Rong Sujipong, chef du village de Pongdin âgé de 44 ans, l’Institut a été le lien entre sa communauté et les autorités. « Lorsque nous avons besoin de quelque chose, nous nous adressons à l’Institut qui prend contact avec le gouvernement » dit-il.

M. Sujipong, qui est maraîcher, a énuméré une série de petits projets que l’Institut a lui même mis sur pied à Pongdin ou que le gouvernement a mis sur pied grâce à son aide. Ces projets comprennent notamment l’école primaire du village qui a été ouverte par les bahá’ís et reprise en main par le district, la construction d’un puits et d’un système de canalisation et enfin un nouveau dispensaire.

« Pongdin va beaucoup mieux depuis l’arrivée de l’Institut » reprend-il. « Nous avons une école, l’eau courante et les enfants vont beaucoup mieux depuis qu’ils suivent les cours d’éducation morale. »

« Grâce à cette éducation, les enfants auront un avenir meilleur » ajoute-t-il. « Tout ceci m’a fait comprendre que chaque individu est égal à l’autre, que tous les Thaïs sont égaux et que tous les hommes de par le monde sont égaux. Et je me suis senti mieux moi aussi, dans mon for intérieur. »

Personne ne prétend que l’Institut a été l’auteur exclusif des changements opérés ici. « On ne peut pas dire que si les bahá’ís n’étaient pas venus, le gouvernement n’aurait rien fait, » dit Supachai Nimmanheminda, 40 ans, responsable adjoint du district de 1991 à 1992, période de lancement de la plupart des projets. « Mais il est évident qu’ils ont eu une influence positive et qu’ils ont apporté un soutien non négligeable. »

M. Nimmanheminda, qui gère maintenant une affaire familiale d’horticulture près du village de Pongdin, explique que l’Institut a été particulièrement sensible à la culture autochtone Karen. « Contrairement à d’autres groupes, les bahá’ís ne veulent pas tout changer » dit-il. « Ils ne viennent pas dire aux Karen de renoncer à leurs croyances ancestrales. Au contraire, ils construisent quelque chose pour que les populations elles-mêmes apprennent à changer. Ils leur apprennent à s’inspirer de leur propre sagesse pour faire bouger les choses. »

Les bahá’ís qui ont travaillé à l’Institut précisent que leur objectif a toujours été tout simplement d’être au service de leurs voisins moins chanceux et que leur motivation réside dans leur compréhension du principe de l’unité de l’humanité.

« Je suis venu enseigner ici parce que quand je constate que le monde s’est tellement développé, je veux aider les autres à en faire autant, » dit When Chinawon, vieil agriculteur de 77 ans originaire de Takham Neau et l’un des premiers à avoir accompagné M. Intawong dans ses premiers déplacements à travers le district. « Ce monde est très vaste et nous ne devons pas rester dans l’obscurité ni laisser les autres dans l’obscurité. C’est pourquoi nous avons essayé de développer cette communauté. »



back to top




Page d'accueil | Langues | Recherche | A propos  | Nations Unies
 | Interreligieux | Profil | Perspective | Paix | Education | Arts
 | Développement | Livre | Environnement | Femmes | Prospérité mondiale | Droits de l'homme

La revue en ligne de la Communauté Internationale Bahá'íe
Copyright 2005 © par la Communauté Internationale Bahá'íe
Copyright and Reprint Permissions
Dernière mise à jour le 24/11/2017