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Revue n° 31-32, 1998

Une réunion inhabituelle entre banquiers et croyants

LONDRES — Des représentants de haut niveau de neuf grandes religions du monde rencontrent le président de la Banque mondiale pour parler de religion et de développement ; un élément nouveau à être pris en compte dans l’évaluation des projets.

A la tête de la plus grande institution mondiale de développement économique, James Wolfensohn est un homme extrêmement occupé. Depuis sa nomination à la présidence de la Banque mondiale il y a environ deux ans et demi, il s’est rendu dans plus de 60 pays, a rencontré des chefs d’État et de gouvernement, des dirigeants des grandes banques ainsi que des représentants des principales organisations non gouvernementales.

Il est donc exceptionnel pour M. Wolfensohn d’avoir passé près de deux jours avec les chefs spirituels de neuf grandes religions pour aborder des sujets n’ayant apparemment rien à voir avec la finance internationale : le lien entre le développement spirituel et le développement matériel ou les moyens par lesquels la Banque et les religions pourraient concevoir un nouveau type de relation pour essayer de résoudre les problèmes de pauvreté dans le monde.

« Pour un homme comme M. Wolfensohn, rien n’est plus précieux que le temps », dit M. Thomas Lachs, directeur de la Banque d’Autriche, qui représentait la communauté juive réformiste. « Il est donc remarquable qu’il ait consacré deux jours à cette conférence et j’y vois pour ma part le signe de l’importance qu’il attache à ces questions. »

A tous égards, cette réunion était elle aussi extraordinaire. Convoquée par M. Wolfensohn et l’Archevêque de Canterbury, George Carey, cette réunion, connue officiellement sous le nom de « Dialogue fois mondiales et développement », s’est tenue à Londres les 18 et 19 février 1998, à la résidence de l’Archevêque, le Lambeth Palace dont la construction remonte à huit cents ans.

Selon les participants, la réunion a débouché sur une foule d’idées et d’initiatives novatrices qui pourraient modifier sensiblement le champ du développement économique international.

« Pour la première fois dans l’économie contemporaine, le rôle de la religion dans le développement n’a pas seulement été publiquement reconnu ni même approuvé mais il a élaboré avec l’une des organisations mondiales les plus importantes et, diraient certains, les plus attachées à la laïcité », reconnaît Martin Palmer, directeur du Bureau de conseil international sur la religion, l’éducation et la culture (ICOREC) qui a joué un rôle essentiel dans l’organisation du Dialogue. « Après cette réunion, le monde économique devra prendre la religion au sérieux, et vice versa. » Certains participants ont même ajouté qu’elle a fait avaliser, à haut niveau, l’idée que le développement réel n’est pas possible si l’on ne tient pas compte comme il se doit de la place de la spiritualité dans la vie des individus et des communautés.

Comme M. Wolfensohn l’a dit lui-même dans son allocution de clôture : « Il ressort clairement de cette réunion qu’il existe entre nous une communauté de pensée en ce qui concerne tant notre souci du bien-être physique que celui de la vie spirituelle et culturelle et c’est à mon avis le fait marquant de cette réunion. Il y a eu une totale communion d’esprit sur ce point. »

Représentation à haut niveau

Pour une telle réunion interconfessionnelle, les religions du monde étaient représentées au plus haut niveau. Étaient présents des dirigeants de la foi bahá’íe, du bouddhisme, du christianisme, de l’hindouisme, de l’islam, du jaïnisme, du judaïsme, du sikhisme et du taoïsme. Ils représentaient les traditions religieuses observées par près de trois milliards d’individus.

La Banque était représentée en personne par M. Wolfensohn. Alors qu’il était chargé des investissements, il a essayé de donner de nouvelles orientations à la Banque, critiquée ces dernières années pour avoir notamment mis l’accent sur le financement de grands projets que certains spécialistes du développement considèrent comme sans rapport avec les besoins des populations locales.

La Banque est la plus grande agence de financement du développement dans le monde. Pour l’exercice 1997, elle a consenti des prêts à concurrence de 19,1 milliards de dollars des États-Unis pour financer 214 projets à travers le monde. En tant qu’institution spécialisée de l’Organisation des Nations Unies , elle s’efforce de ne prêter qu’en dernier recours et ne fournit des capitaux aux pays les plus pauvres que s’ils ne disposent d’ aucune autre source de financement.

Depuis son entrée en fonctions en juin 1995, M. Wolfensohn a œuvré en faveur de l’élargissement des contacts de la Banque avec des organisations non gouvernementales et d’autres membres de la société civile. « La Banque a donc pris contact avec différents groupes et a dialogué avec eux », dit John Mitchell, fonctionnaire de la Banque qui a participé à la planification du Dialogue. « Cette réunion montre à certains égards que M. Wolfensohn reconnaît de manière explicite que les religions sont un élément essentiel de la société civile. Si la Banque a pu ainsi dialoguer avec elles de façon superficielle, elle a aussi essayé de placer le dialogue à un niveau beaucoup plus élevé et de le faire accepter. »

M. Palmer, entre autres, rappelle que l’idée de cette réunion a été soulevée lors d’une précédente réunion interconfessionnelle tenue en avril-mai 1995 au Windsor Palace. Co-parrainée par le WWF, entre autres organismes, cette réunion a été connue comme le Sommet sur la conservation de la nature et des religions. Son objectif était de renforcer la collaboration alors débutante entre les religions et le mouvement écologiste en créant une nouvelle entité : le Réseau pour la conservation de la nature et de la religion (ARC).

Représentant la Banque mondiale, Andrew Steer, a participé à la réunion de Windsor. A la suite de la réunion, des fonctionnaires de la Banque ont commencé à dialoguer avec l’ARC et ses membres. Certains points de l’ordre du jour de la réunion au Lambeth Palace ont été inscrits à celui d’une réunion en mai dernier à Washington au siège de la Banque. Un groupe plus restreint de chefs religieux s’y sont retrouvés pour examiner comment la Banque pourrait être plus ouverte aux valeurs locales communautaires et aux valeurs nouvelles.

Thèmes examinés au Lambeth Palace

La réunion au Lambeth a commencé le mardi 17 mars par une réception offerte à Buckingham Palace par le Prince Philippe, Duc d’Edimbourg, qui avait également accueilli la réunion à Windsor.

Le lendemain matin à Lambeth, la réunion, officiellement connue sous le nom de Dialogue fois mondiales et développement, s’est ouverte sur un thème intitulé « Les problèmes du développement ». Pendant cette session, la signification des termes « pauvreté » , « prospérité » , et « développé » a été examinée, conformément à l’ordre du jour, pour essayer de comprendre « comment résoudre la question de l’écart entre la situation actuelle et le type de sociétés auquel nous aspirons » .

La session de l’après-midi était consacrée à l’examen des « critères du développement » et des questions se rapportant à la « participation », la « durabilité » et la « voix » , dans le contexte de la co- opération éventuelle entre les religions et les agences de développement comme la Banque, en vue de renforcer les efforts déployés dans chaque domaine.

Entre autres choses, il a été convenu à l’unanimité que le développement est un processus qui englobe les aspects matériels et spirituels de la vie ; que la transformation de la personne va de pair avec la transformation de la société et que toutes deux doivent être considérées comme étant au cœur du progrès collectif et, enfin, que le développement doit être fondé sur les principes de durabilité, justice, consultation et participation.

Kiser Barnes, principal représentant de la foi bahá’íe, a ouvert la session sur la « participation » et proposé de réfléchir sur les valeurs spirituelles qui doivent sous-tendre les efforts de développement afin que tous puissent y participer activement.

« Seuls des programmes de développement perçus comme justes et équitables peuvent espérer obtenir l’engagement de personnes dont dépend en fin de compte le succès de leur mise en œuvre », dit M. Barnes, conseiller international. « Lorsque tous les individus sont sûrs d’être protégés par des règles et de percevoir les fruits de leurs efforts, des vertus comme l’honnêteté, le goût du travail et du sacrifice, la modération et l’esprit de coopération peuvent se développer et s’additionner pour permettre la réalisation de buts collectifs exigeants. »

La réunion s’est terminée le jeudi 19 février en fin de matinée où les derniers détails d’une déclaration en 11 points (700 mots) sur le résultat du Dialogue ont été mis au point. Cette déclaration, présentée par l’Archevêque de Canterbury et M. Wolfensohn, contient un certain nombre de propositions importantes et concrètes.

La plus importante sans doute de ces propositions est que la Banque et les représentants religieux sont convenus de continuer à dialoguer dans le cadre de groupes de travail conjoints pour examiner d’autres thèmes comme : le renforcement de la communauté ; la lutte contre la faim et la sécurité alimentaire ; la protection de l’environnement ; la préservation du patrimoine culturel (y compris des sites sacrés) ; la lutte contre la violence et la reconstruction après un conflit ; l’éducation et les prestations sociales.

La déclaration finale s’engage à inviter les communautés religieuses à « influer sur la pensée de la Banque mondiale en participant aux études et discussions contenues dans les Rapports annuels de la Banque sur le développement dans le monde » en particulier pour le rapport de l’an 2 000 qui sera axé sur « la compréhension de la pauvreté ».

« A ce jour, la croissance économique a été le principal critère du succès des activités de développement, » dit Wendy Tyndale, spécialiste du développement auprès de Christian Aid (Royaume Uni) qui a joué le rôle de conseil auprès de l’Archevêque de Canterbury pour la préparation du Dialogue. « Les critères suggérés par les religions sont plus centrés sur le bien-être général des communautés et des individus qui repose essentiellement sur l’identité spirituelle et culturelle. C’est ce qui est ressorti très clairement de la réunion. »

Des représentants de chaque religion ont présenté un texte dans lequel ils suggèrent des nouveaux critères du développement. Ces documents seront publiés ultérieurement. (Voir Perspective page 2-3) Les participants se sont aussi engagés à « explorer d’autres possibilités de partenariat » au niveau national.

Des projets pilotes doivent être élaborés entre la Banque et les religions, par exemple. Des représentants des religions seront invités à prendre la parole à des sessions spéciales de formation du personnel de la Banque pour l’aider à s’informer sur les croyances et les cultures religieuses.

Comparaison avec l’écologie

Indépendamment de tel ou tel aspect particulier, de nombreux participants ont reconnu que le seul fait que la réunion ait eu lieu et l’idée sous-jacente que la religion et la spiritualité doivent être prises en compte dans les programmes de développement, aussi simples soient-ils, représentent l’aspect le plus important de la réunion. Ils pensent que cette idée se répercutera non seulement sur le comportement de la Banque mondiale mais aussi sur l’ensemble des projets de développement au niveau international.

Pour M. Lachs, la réunion a déclenché des mécanismes qui pourraient conduire les institutions internationales de développement, comme la Banque mondiale, à attacher à l’impact culturel et spirituel des projets de développement autant d’importance qu’aux considérations écologiques qui sont prises en compte dans les projets.

« Il y a trente ans, personne ne se souciait d’écologie quand il s’agissait de développement » dit M. Lachs. « Aujourd’hui, les retombées environnementales d’un projet sont une question essentielle. Si nous pouvons faire la même chose dans le domaine des valeurs spirituelles et culturelles, l’impact sur la vie des gens, au sens non économique, sera terriblement important. »

Wangari Mathaai, originaire du Kenya et fondatrice du « Green Belt Movement » , qui était également présente à la réunion à Lambeth, admet elle aussi que celle-ci pourrait être le signal d’un changement radical dans la manière dont les institutions de développement considèrent la religion et la culture.

« Dans ma région, la culture a été complètement détruite et elle est considérée comme rétrograde et inutile pour le développement », dit Mme Mathaai. « On peut marginaliser les individus quand on détruit leur culture et il leur est alors très difficile de participer au développement. Je suis donc très heureuse de constater que les institutions de développement reconnaissent qu’un peuple sans culture est un peuple sans boussole et que la culture et les valeurs d’un peuple ont une très grande importance. »

Une autre idée nouvelle a été que la plus grande participation des groupes religieux aux efforts officiels de développement pourrait être un antidote à la corruption qui accompagne trop souvent les mécanismes de financement du développement. « L’autorité morale des chefs religieux joue un rôle capital dans la campagne pour la défense de la bonne conduite des affaires publiques et la transparence que M. Wolfensohn mène avec passion eu égard au lourd tribut payé par les pays pauvres du fait de la corruption et du gaspillage » lit-on dans World Bank News, publication financière qui s’adresse aux journalistes.

Le Rabbin Arthur Hertzberg, vice-président honoraire du Congrès juif mondial, qui était présent aux deux réunions de Lambeth et Windsor, pense que le caractère interconfessionnel de la réunion était particulièrement important. Il a suggéré que, dans la mesure du possible, des projets conjoints avec la Banque soient aussi menés dans un cadre interconfessionnel. « Les projets devraient être menés à bien non par un seul groupe religieux mais par un groupement de plusieurs fois » dit le Rabbin Hertzberg.

Swami Vibudhesha Teertha, l’un des principaux représentants de la religion hindoue, précise : « La signification de la réunion ne doit pas être sous-estimée. Ce dialogue a permis de redéfinir le sens de la pauvreté, de la prospérité et du progrès. Un nouveau climat a été instauré pour entreprendre des projets de développement nouveaux tenant compte des dimensions sociale, environnementale et spirituelle. »



Liste des participants au Dialogue fois mondiales et développement 18 - 19 février 1998


Co-présidents :

• Archevêque de Canterbury, George Carey, Chef de l’église anglicane
• James D. Wolfensohn, Président du Groupe de la Banque mondiale

Bahá’ís :

• Kiser Barnes, Conseiller international, Centre mondial bahá’i Lawrence Arturo, Directeur du Bureau de l’Environnement de la Communauté internationale bahá’íe,

Bouddhistes :

• Nambaryn Enkhbayar, Chef de la minorité au parlement mongol
• Sulak Sivaraksa, militant social et fondateur de projets modèles de développement économique à petite échelle en Thaïlande

Chrétiens :

• John of Pergamon (Tradition orthodoxe), représentant du Patriarcat œcuménique
• L’Archimandrite Feofan tradition orthodoxe), vice-Président du Département des Relations extérieures du Patriarcat de Moscou
• Wendy Tyndale ( tradition protestante), spécialiste du développement, Christian Aid
• Le Révérend Thomas Olmorijoi Laiser (tradition protestante), Évêque de l’Église luthérienne évangélique en Tanzanie, Diocèse d’Arusha
• Son Éminence le Cardinal Roger Etchegaray (tradition catholique), Président du Conseil pontifical pour la justice et la paix, Vatican
• Monseigneur Diarmuid Martin (tradition catholique), Secrétaire du Conseil pontifical pour la Justice et la Paix
• Père Sergio Bernal (tradition catholique), Doyen de la Faculté des Sciences sociales à l’université grégorienne de Rome

Hindous :

• Swami Vibudhesta Teertha, Chef du Sri Admar Mutt, Udipi, Kamataka, Inde du Sud
• Acharya Srivatsa Goswami, Chef du Sri Caitanya Prema Samsthana de Vrindavan, Inde

Jains :

• Son Excellence L. M. Singhvi, Directeur de L’Institut de Jaïnologie et chercheur renommé sur le jaïnisme et les religions védique et indique ainsi que juriste, philosophe et parlementaire éminent
• Professeur Padmanabh S. Jaini, administrateur de l’Institut de jaïnologie et professeur d’études boud- dhistes à l’Université de Californie,Berkeley

Juifs :

• Professeur Rabbin Arthur Hertzberg ( tradition conservatrice), Vice-président honoraire du Congrès juif mondial
• Professeur Rabbin René Sirat ( tradition orthodoxe), ancien Grand Rabbin de France, actuellement Grand rabbin du Consistoire central
• Thomas Lachs ( Tradition réformiste), ancien membre du Conseil d’administration de la Banque d’Autriche, Président du Conseil du Musée juif de Vienne

Musulmans :

• Son Altesse royale, le Prince héritier El-Hassan Bin Talal de Jordanie
• Son Altesse l’Aga Khan, Chef spirituel ou Imam des Nizaris, principale des deux branches de la communauté Shia d’Ismaël

Sikhs :

• Sri Singh Sahib Manjit Singh, Jathedar d’Anandpur, Punjab (Inde) et Président du Conseil mondial sikh
• M. Rajwant Singh, membre fondateur de la Fondation Guru Gobind Singh, organisation sikh influente aux États-Unis

Taoïstes :

•Zhang Ji Yu, Vice-président, Vice-secrétaire général de l’Association taoïste chinoise à Bai Yun Guan, Beijing
• Zhang Xun Mu, chercheur sur le taoïsme au Centre de recherche sur la religion, Institut relevant du Bureau des Affaires religieuses en Chine
• Tjalling Halbertsam, ressortissant hollandais qui a travaillé avec des groupes taoïstes en Chine afin de préserver sept grandes montagnes sacrées taoïstes

Autres invités :

• Mme Wangari Maathai, spécialiste de l’environnement bien connue et militante pour les droits de la femme, ainsi que fondatrice du Mouvement « Green Belt Mouvement » au Kenya
• M. Vandana Shiva, militant hindou, spécialiste du développement et Directeur de l’Institut des Sciences, de la Technologie et de l’Écologie de Delhi
• Andrew Purkis, Secrétaire des Affaires publiques de l’Archevêque de Canterbury
• Ismail Serageldin, Vice-président du Groupe de la Banque mondiale pour le développement durable sur les plans social et environnemental
• Andrew Rogerson, représentant du Royaume Uni et de l’Irelande auprès de la Banque mondiale



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Dernière mise à jour le 21/11/2017