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Revue n° 33, 1998

En Norvège, un compositeur classique essaie d’inventer une nouvelle forme de musique

BERGEN, Norvège — Bien que reconnu comme l’un des plus grands compositeurs de musique classique moderne, Lasse Thoresen ne se fait aucune illusion sur sa capacité d’attirer la foule.

« Je reconnais que la jeune génération écoute de moins en moins de musique classique. Je me suis donc habitué à me contenter d’une faible audience. »

Thoresen poursuit un but élevé : créer une nouvelle forme de musique qui soit une source d’inspiration et traduise ce qui à ses yeux représente le modèle religieux d’aujourd’hui.

De fait, sa capacité à mêler l’art et la religion est au cœur de ce que les critiques apprécient dans son œuvre. Après avoir reçu le prix de la critique norvégienne en 1987, il a aussi reçu, en 1995, celui de « l’œuvre de l’année » qui lui a été décerné par la société norvégienne des compositeurs et il a été sélectionné comme compositeur du prestigieux festival international de musique de Bergen en 1996. L’année précédente, une de ses compositions avait été chantée par la célèbre chanteuse d’opéra Anne Lise Berntsen lors de la cérémonie d’ouverture du Forum des ONG au Sommet mondial de Copenhague pour le développement social.

« Il n’est pas connu de tout le monde, mais seules les stars pop le sont » dit Monica Levin, rédactrice en chef de Listen to Norway, grande revue musicale nationale. « Mais j’aime la musique de Lasse, elle est éthérée, dégage une atmosphère qui la rend si différente des autres musiques contemporaines. Sa musique est mélodieuse et pourtant elle renferme tout un monde de réflexion, d’idée et de sentiment religieux. »

Musique et méditation

L’automne dernier, une grande chorale norvégienne a exécuté dans le grand amphithéâtre de l’université d’Oslo une nouvelle série de compositions de M. Thoresen devant un auditoire captivé. Jusqu’en 1995, c’est dans cette salle que les prix Nobel étaient remis. Le CD du concert a depuis obtenu les louanges des critiques de musique classique de ce pays.

Il suffit de passer quelques jours auprès de M. Thoresen pour comprendre comment les capacités intellectuelles et les qualités du cœur peuvent se fondre dans une vision artistique unique.

« La musique et la méditation ne sont pas tellement différentes » explique M. Thoresen. « Selon la tradition occidentale la musique exprime des questions existentielles, religieuses et philosophiques. En ce qui me concerne, ma vie et mon travail ont été marqués par l’exploration. Non seulement l’exploration du son, mais celle des corrélations du son dans mon psychisme. L’objet de l’art est de montrer les phénomènes qui apparaissent à la conscience afin de se rapprocher de la réalité telle que nous la percevons chacun. »

« Si vous considérez la révélation religieuse, elle utilise toujours elle aussi des métaphores et des symboles. Et chacun d’entre nous, à chaque étape de sa vie, trouvera toujours de nouvelles significations à ces symboles. Ainsi, d’une certaine manière, l’art et la religion jouent sur l’ambiguïté », affirme M. Thoresen.

Presque toutes les compositions de M. Thoresen depuis 1971, date à laquelle il est devenu bahá’í, intègrent des thèmes spirituels. « Ses croyances sont intégrées dans son art », dit Âse Kleveland, ancien ministre de la culture de la Norvège qui a longtemps été proche de M. Thoresen. « Dans notre culture scandinave, la plupart des gens pensent que la religion est à part, que c’est un passe-temps. Pas pour Lasse. »

Les œuvres de Thoresen sont extrêmement complexes par leurs mélodies, leurs rythmes et leurs arrangements et elles exigent beaucoup des musiciens. Le premier chœur qui s’est essayé aux œuvres enregistrées sur son dernier CD Aux flots parfumés de l’éternité a abandonné à mi-parcours trouvant que les morceaux étaient trop difficiles à apprendre pendant le temps qui lui était imparti.

« C’est une musique difficile à jouer » dit Peter Tornquist, président du conseil du chœur norvégien des solistes qui a réussi à présenter en première la série complète des œuvres de Thoresen à l’automne dernier. M. Tornquist pense néanmoins que le résultat était à la hauteur de l’effort.

« Le jour du concert, il se faisait tard et l’audience était agitée et pas vraiment rassurée » raconte-t-il, en ajoutant que personne ne savait exactement à quoi s’attendre. « Mais, dès les premiers instants et pendant les 70 minutes pendant lesquelles le chœur a chanté, l’assistance n’a pas bougé. C’était une expérience absolument sacrée qui nous a permis d’entendre un message religieux, sans sermon, plutôt une profession de foi artistique. Cela ne ressemblait pas vraiment aux expériences musicales qu’on avait pu faire auparavant. »

« L’esprit humain doit se métamorphoser jusqu’à ce qu’il reflète des qualités divines », écrit Thoresen dans les notes aux Flots parfumés. « La prière et la méditation sont des moyens importants pour y parvenir et la musique peut en renforcer l’effet.

« Selon les écritures de la religion bahá’íe, la musique est une échelle qui permet à l’âme de s’élever et d’atteindre les royaumes plus élevés de l’esprit. J’espère que cette association de textes et de musique sacrés permettra à celui qui les écoute de pénétrer dans le royaume éternel et invisible, celui qui est caché dans le cœur des hommes. »

La vie comme champ d’exploration

Par la musique et la méditation, Lasse Thoresen a passé sa vie à étudier ces thèmes et il a constamment cherché à comprendre comment l’individu se transforme et quel est le rôle de la musique dans cette progression.

Né le 18 octobre 1949 à Oslo, M. Thoresen est le fils du directeur d’une petite imprimerie qui a réussi à sortir du milieu ouvrier auquel ses parents appartenaient. D’aussi loin qu’il se souvienne, il a toujours aimé la musique. Ses parents lui ont fait prendre des leçons de piano à partir de sept ans ; à 15 ans, il accompagnait la chorale de son école et à 16 ans il avait composé sa première œuvre.

Enfant, il était « spontanément religieux ». Mais, à l’époque de sa première composition, il a commencé à mettre en question ce qu’on lui avait appris. « L’atmosphère de mon école était très intellectuelle et je suis vite devenu un athée convaincu. D’ailleurs, en tant que jeune intellectuel, il était plutôt illogique de croire en Dieu. »

En 1968, l’année de son diplôme, certains événements l’ont poussé à se remettre en question. Son père a eu un infarctus. Lui est parti au service militaire et sa petite amie de longue date l’a quitté.

« C’est surtout le choc de la mort de mon père », raconte-t-il. « Je ne pouvais croire qu’il était mort. Soudain, je me suis trouvé athée, face à la réalité du destin de tout un chacun. J’ai alors traversé une crise profonde d’anxiété et de peur. »

Comme il avait déjà rejeté le christianisme, il s’est tourné vers d’autres directions pour trouver la paix de l’esprit. Il a lu les philosophes grecs ainsi que les écritures hindouistes et bouddhistes et a pris l’habitude de méditer. « Un tout autre monde s’est alors ouvert à moi », dit-il. « Au début des années 1970, je passais jusqu’à quatre heures par jour à méditer et faire du yoga.» En même temps, il a étudié la philosophie à l’université d’Oslo et la composition musicale au conservatoire d’Oslo.

Du fer chauffé au rouge

« Pendant cette période, j’ai eu deux convictions, qu’en réalité, la seule chose qui comptait était la vie éternelle et que la seule profession que je serais jamais capable d’exercer durablement était celle de compositeur », avoue Thoresen. « Je pense parfois que nous avons tous à l’intérieur de nos âmes une barre de fer que, sous le coup d’émotions chauffées au rouge, on peut tordre dans une certaine direction. Une fois tordue et refroidie, cette barre définit plus ou moins l’axe de notre vie. Et depuis, j’ai tenu ces deux engagements. »

En 1971, pendant un cours d’été sur la méditation, il a entendu parler de la foi bahá’íe. « Je préparais le dîner et comme j’avais brûlé mon repas dans ma poêle je suis allé demander au voisin s’il pouvait me prêter une brosse à récurer. Il y avait chez lui une réunion d’introduction à la foi bahá’íe et je suis resté. »

On lui a donné un recueil des écrits de Bahá’u’lláh, fondateur de la foi. « Cela semblait tout à fait être une révélation de Dieu », se rappelle Thoresen. « Cela correspondait très bien à ce que je savais du bouddhisme et du Baghavad Gita et cela semblait aussi être adapté à la situation du monde actuel. En effet, comme je faisais en même temps partie du Front rouge des étudiants, je me sentais très concerné par les problèmes du monde. »

M. Thoresen s’est très vite engagé dans sa nouvelle religion. En 1975, il a fait un pèlerinage au Centre bahá’í mondial à Haïfa (Israël). L’année suivante, il a été élu secrétaire de la communauté nationale bahá’íe de Norvège, poste bénévole qui demande cependant un énorme travail pratique et administratif quotidien. M. Thoresen a rempli ce rôle pendant trois ans, jusqu’en 1979.

Pendant cette période, il a commencé à avoir du succès comme compositeur. En 1976, son œuvre d’orchestre de chambre, Le jardin a été jouée pour la première fois dans la salle de musique de chambre de la Salle des concerts d’Oslo et il s’est fait connaître comme compositeur. En 1979, une œuvre multimédia, Skapelser « Créations » a été jouée sur commande en première lors du 10ème anniversaire du Centre des arts d’Hovikodden. Elle a ensuite été adaptée pour un ballet télévisé.

Alors que sa carrière avancait, Thoresen a accepté un poste de professeur à l’Académie norvégienne de musique où il enseigne toujours. Il est connu, par exemple, comme spécialiste de la musique électronique et, à l’opposé, comme un passionné de musique populaire norvégienne dont il a tiré une grande partie de ses rythmes et tonalités particuliers.

Mme Levin a écrit il y a deux ans dans Listen to Norway : « Sa musique est dialectique et fait appel à des éléments à la fois très simples et extraordinairement complexes. Il conçoit et formule sa vision comme une association d’harmonies calculées à l’aide de formules mathématiques et de demi-tons émotionnels et spirituels qu’il va souvent chercher dans la musique populaire, traditions orales, chorales, chants grégoriens. »

M. Thoresen présente les choses plus simplement. « Ma carrière n’a rien de brillant par rapport à celle de nombreux autres compositeurs et musiciens » dit-il. « J’aime explorer des domaines nouveaux. Ce qui m’intéresse c’est de chercher non seulement les ressemblances mais aussi les différences entre les choses. Cela permet d’apprécier la diversité de l’humanité et on prend l’habitude de voir les choses sous un autre angle. Et je pense que cela est utile. »



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Dernière mise à jour le 21/11/2017