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Revue n° 34-35, 1998

En Guyane, l’utilisation de thèmes moraux dynamise un projet pour la jeunesse

PLAISANCE, Guyane — Bien que la lecture ne soit pas sa matière principale, Audrie Campbell a eu le sentiment, il y a trois ans, que quelque chose allait mal chez ses élèves alors qu’elle venait de retrouver sa classe d’économie domestique à l’école secondaire locale de Palisance, faubourg de Georgetown, la capitale de la nation.

Mme Campbell, qui a aujourd’hui 45 ans, avait quitté l’enseignement depuis près de 14 ans et tenait une petite épicerie - droguerie. Les temps étaient difficiles dans les années 1980 et avoir sa propre affaire semblait un bon moyen pour joindre les deux bouts.

Mais, lorsqu’elle a recommencé à enseigner en 1995, elle a aussitôt remarqué que beaucoup d’élèves avaient plus de mal que ceux qu’elle avait eus dans les années 1970. « Ils n’étaient tout simplement pas bons dans ma matière, et j’ai voulu savoir ce qui n’allait pas » ajoute-t-elle. « J’ai alors compris qu’ils ne savaient pas lire. »

Mme Campbell, qui n’est pas du genre à rejeter un problème sur le dos d’un autre, a décidé de commencer sa propre classe de lecture. Elle a demandé conseil à un groupe religieux local qui venait de mettre sur pied un programme pédagogique d’alphabétisation en réponse à une nouvelle campagne nationale puis elle a invité ses élèves âgés de 11 à 16 ans à profiter de la pause déjeuner pour apprendre à lire.

Au début, les résultats étaient plutôt médiocres. Sa formation avait été axée sur les aspects mécaniques de la lecture et surtout sur la phonétique. « Mais j’ai pensé que les enfants étaient trop grands pour la phonétique. »

Aussi, lorsqu’elle est tombée sur une brochure consacrée à un autre programme de formation gratuite sur l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, elle s’est inscrite immédiatement. Ce programme, intitulé « Les ailes des mots » venait d’être mis en route par la communauté bahá’íe de la Guyane également sous l’impulsion d’une campagne nationale d’alphabétisation.

Les méthodes d’instruction qu’elle a apprises dans ce cadre étaient très différentes. Il s’agissait d’une approche dynamique de participation à l’égard de l’enseignement de la lecture, avec des sketches, des chants et d’autres outils pédagogiques créatifs. Elles mettaient aussi l’accent sur l’enseignement des valeurs morales en même temps que sur l’alphabétisation de base afin de motiver et responsabiliser les élèves.

Ces méthodes, dit Mme Campbell, ont eu un succès immédiat. Elle a installé sa classe de lecture dans un garage et a fait son cours tous les jours après l’école. Elle a commencé avec 12 élèves mais a eu très vite deux classes, tellement la demande était grande. Elle a offert ces services gratuitement, cherchant sa seule récompense dans les progrès de ses élèves.

« J’étais heureuse, non seulement parce que les enfants ont terminé mon cours mais aussi parce que certains ont fait ensuite des études supérieures » ajoute Mme Campbell qui, depuis, travaille toujours pour le projet.

L’expérience de Mme Campbell reflète celle de nombreux éducateurs et d’autres personnes en Guyane dans un passé récent. Jusque vers la moitié des années 1990, les habitants de ce petit pays des Caraïbes étaient rassurés par les statistiques selon lesquelles, malgré des difficultés économiques de toutes sortes, leur pays était l’un des plus alphabétisés de la région, avec un taux officiel d’alphabétisation de plus de 98%. [En fait, beaucoup d’ouvrages de référence internationaux continuent de donner ce chiffre. Le Rapport des Nations Unies sur le développement, par exemple, annonce un taux de 98,1%.]

Toutefois, en 1994, le Ministère de l’éducation a estimé que les jeunes auraient pu mieux faire et a demandé une enquête. Celle-ci a été entreprise par Zellynne Jennings, alors professeur d’éducation à l’université de Guyane, et a révélé que jusqu’à 89% des jeunes de 14 à 25 ans qui avaient quitté l’école souffraient d’ « illettrisme fonctionnel ».

« Si vous vous contentez de faire passer aux gens des tests standard, par exemple sur leur capacité à écrire leur nom, les pourcentages de réussite sont très élevés » dit le professeur Jennings, aujourd’hui consultant en alphabétisation dans les Caraïbes. « Mais quand on leur demande s’ils comprennent réellement ce qu’ils lisent et s’ils sont capables d’effectuer des opérations arithmétiques simples, c’est une autre histoire. » Jennings pense que la chute du taux d’alphabétisation est due aux difficultés économiques des années 1980 qui ont privé beaucoup d’écoles de bons enseignants et ont obligé un bon nombre d’élèves à quitter l’école pour chercher du travail.

Après la publication des résultats de l’enquête en 1996, le pays s’est livré à une introspection et une analyse sérieuses. Un groupe national d’alphabétisation parrainé par le gouvernement a été constitué et certaines ONG ont lancé des projets pour promouvoir l’alphabétisation.

A bien des égards, ce programme d’alphabétisation aura remporté l’un des plus grands succès.

Savoir innover

« Le programme “Les ailes des mots” , conçu par la communauté bahá’íe n’est pas seulement une bonne initiative mais certainement la meilleure initiative que nous ayons jamais prise pour répondre au problème de l’alphabétisation » dit Dale Bisnauth, Ministre de l’éducation de la Guyane. « A vrai dire, “Les ailes des mots” est un projet novateur. Nous n’avons jamais rien connu de tel. »

Le projet, dans le cadre duquel plus de 1000 éducateurs ont été formés et qui a permis de donner des cours à plus de 3000 jeunes a reçu un concert de louanges quasi unanimes. La presse nationale a publié des articles et des éditoriaux élogieux sur le projet, les administrateurs de l’éducation ont parlé d’une initiative modèle et tant les éducateurs que les élèves qui ont participé au projet se disent extrêmement gratifiés.

Le projet recrute des bénévoles par la presse et d’autres moyens publicitaires. Les éducateurs suivent une semaine de formation gratuite pendant l’été et reçoivent un soutien administratif en cours d’année quand ils veulent organiser des petits cours d’alphabétisation dans leurs propres communautés. Comme tous les projets d’alphabétisation et d’éducation bahá’ís menés dans le monde, « Les ailes des mots » est un projet qui intègre des initiatives dans plusieurs domaines d’action afin de multiplier les chances de succès. En particulier, il combine la formation de volontaires en éducation avec la défense des valeurs morales et spirituelles.

« Lors des réunions d’information, cinq semaines avant la formation, nous précisons qu’elle a une base spirituelle » dit Pamela O’Toole, membre du groupe de travail bahá’í d’alphabétisation qui supervise le projet.

« Nous parlons d’un oiseau à deux ailes dont l’une est le mécanisme de la lecture. Mais elle ne peut à elle seule changer la vie des enfants qui ont de nombreux problèmes dans leurs vies. Nous expliquons alors le rôle de l’autre aile : l’éducation morale et spirituelle. »

Thèmes génératifs

Mme O’Toole estime, comme beaucoup d’autres membres du groupe de travail, que la formation des animateurs et les cours qu’ils donnent ensuite aux jeunes sont axés sur trois thèmes fondamentaux à caractère moral empruntés aux Écrits bahá’ís : le fait que l’homme soit une créature noble, que nos actes ont des répercussions sur les autres et que nous sommes maîtres de nos propres actes.

« Ces thèmes sont le motif du projet “ Les ailes des mots ” » dit Mme O’Toole, originaire d’Ecosse et venue s’installer en Guyane en 1978 avec son mari anglais, Brian. « Nous utilisons la technique des thèmes génératifs employée par Paulo Freire, c’est à dire qu’on aborde certaines questions sous l’angle de ces trois thèmes. C’est très motivant pour les jeunes car ce n’est pas quelque chose qu’ils font à l’école. Donc une leçon commence toujours avec des thèmes génératifs tels que : Comment distinguer le bien du mal ? Comment avons-nous la force de choisir le bien ? »

De l’extérieur, on s’accorde à reconnaître que ces thèmes à caractère moral ont été payants. « C’est un bon projet parce qu’il a attiré des enfants qui n’avaient pas de bons résultats à l’école ou qui abandonné la scolarité » dit Samuel Small, directeur de l’Institut de l’enseignement à distance et permanent à l’université de la Guyane qui délivre à tous les éducateurs qui suivent le cours et font ensuite une année d’enseignement, un certificat spécial d’instructeur en alphabétisation. « Et je peux dire que lors de nos exercices, les enfants ont récité des histoires, des poèmes, des satires, ce qui montre qu’ils ont non seulement acquis une grande confiance mais aussi appris à lire et écrire. »

Axé en même temps sur les mécanismes de la lecture, le cours utilise les livres et les manuels mis au point par l’équipe bahá’íe chargée de l’alphabétisation. Les matériels sont un guide pour les animateurs du cours, même s’ils n’ont reçu qu’une formation pédagogique succincte. En fait, bien que la plupart des animateurs soient des éducateurs, les volontaires sont issus de toutes les professions possibles : employés de banque, agents de santé et même un vétérinaire.

Eilenn Grant, par exemple, secrétaire de 60 ans, a suivi le cours pour animateurs en 1996 et donné depuis des cours gratuits à environ 80 enfants de la commune de Georgetown. « J’ai eu le privilège d’apprendre à lire jeune et j’étais terrifiée à l’idée que tant de jeunes Guyanais ne savaient pas lire » dit-elle. « Aussi j’ai voulu les aider. »

Comme Mme Campbell, Mme Grant n’est pas bahá’íe. Mais elle pense aussi que le fait de s’inspirer de thèmes spirituels correspond bien à sa foi chrétienne. « Je suis entièrement d’accord avec eux » dit-elle. « On a besoin de savoir d’autres choses dans la vie afin que la lecture puisse servir. Et si on sait distinguer le bien du mal et lire en même temps, on a de bonnes chances de prendre la bonne voie dans la vie. »

L’essentiel du mérite revient, bien entendu, aux jeunes qui participent aux cours locaux. Jonelle Sealey, fillette de 10 ans, a été l’élève de Mme Campbell à Plaisance. Avant les cours, elle ne savait pas vraiment lire et n’aimait pas ça. Pour elle, ces cours ont été plus utiles que des cours traditionnels « parce que le professeur vous suit pas à pas et que si on ne retient pas la leçon, elle revient en arrière et vous enseigne d’autres mots ».

Le résultat est qu’elle a appris à aimer la lecture. « Jusque là, je ne faisais que jouer ou je restais assise pour écouter de la musique » dit Jonelle. « Mais maintenant, j’utilise mes loisirs pour lire. »



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Dernière mise à jour le 20/09/2017