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Revue n° 36, 1999

Identité : oui, mais laquelle?


Les identités meurtrières
Amin Maalouf
Editions Grasset
Paris, 1998

Pourquoi faut-il, en cette fin de siècle, que l’affirmation de soi s’accompagne si souvent de la négation d’autrui ?
Y aurait-il une loi de la nature ou une loi de l’Histoire qui condamne les hommes à s’entre-tuer au nom de leur identité ?

L’auteur, Amin Maalouf, lorsqu’on l’interroge sur son identité « plutôt libanais » ou « plutôt français » répond invariablement « l’un et l’autre ». Non par quelque souci d’équilibre ou d’équité, mais parce qu’il est ainsi à la lisière de deux pays, de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles et religieuses. C’est cela son identité. Il refuse donc la fatalité des « identités meurtrières » et ce livre est un livre de sagesse et de lucidité, d’inquiétude mais aussi d’espoir.

« Mon identité, c’est ce qui fait que je ne suis identique à aucune autre personne. » L’auteur aborde l’identité sous un jour nouveau en redéfinissant les éléments qui la constituent et plus particulièrement les « appartenances ». La liste des « appartenances » est, bien entendu, illimitée : l’appartenance à une tradition religieuse, à une nationalité, à un groupe ethnique ou linguistique, à une famille plus ou moins élargie, mais aussi à une province, à un village, à un groupe d’amis, à une association, à un parti, etc...

Pour Amin Maalouf, toutes ces appartenances n’ont évidemment pas la même importance et en tout cas pas au même moment, cependant aucune n’est totalement insignifiante. On pourrait presque les qualifier de « gênes de l’âme », à condition de préciser que la plupart ne sont pas innées.

« L’identité n’est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence. » De plus, l’identité de chacun est souvent influencée par la vision que l’autre nous renvoie. Or, aujourd’hui le propre de notre époque est d’avoir fait de tous les hommes des migrants et des minoritaires. Nous sommes contraints de vivre loin de nos terroirs, et nos identités telles que nous les imaginions depuis l’enfance, nous semblent menacées.

Dès lors se pose la question de savoir pourquoi la modernité est parfois rejetée, pourquoi elle n’est pas toujours perçue comme un progrès, comme une évolution bienvenue. Pourquoi cet éternel conflit entre archaïsme et modernité ou entre tradition et globalisation ?

Amin Maalouf évoque brillamment la quête de modernité dans le monde arabe, une tentative d’occidentalisation par ceux qui se défendent d’un occident expansionniste, insatiable et méprisant. Cette quête du monde arabe est exemplaire car elle illustre parfaitement ce désir de modernité et d’émancipation des pays dits « pauvres » qui refusent de vendre leur âme à la civilisation occidentale. On voit poindre la tentation d’une civilisation mondiale où les « tribus planétaires » pourraient s’épanouir sans se gêner l’une et l’autre et faire disparaître une fois pour toutes ces fameuses « identités meurtrières » à l’origine de tant de conflits abominables et lamentables.

L’auteur évoque l’historien Arnold Toynbee et nous fait partager sa vision de l’humanité. Toynbee, dans un discours donné en 1973, expliquait que le parcours de l’humanité s’était déroulé en trois étapes. La première période, qui correspond à la préhistoire, était caractérisée par des communications extrêmement lentes et des progrès de la connaissance encore plus lents. Il en résultait que les sociétés humaines avaient presque le même degré d’évolution, et d’innombrables caractéristiques communes.

Au cours de la deuxième période, le développement des connaissances se fit bien plus rapide que leur propagation, si bien que les sociétés humaines devinrent de plus en plus différenciées, dans tous les domaines. Cela dura plusieurs millénaires, qui correspondent à ce que nous appelons l’Histoire.

Tout récemment, une troisième période a commencé, la nôtre, au cours de laquelle les connaissances progressent, certes, de plus en plus vite, mais la propagation des connaissances va bien plus vite encore, si bien que les sociétés humaines vont se retrouver de moins en moins différenciées.

Ce phénomène de perte de différenciation que nous constatons aujourd’hui s’accompagne d’un renforcement du besoin d’identité.

De même, la mondialisation accélérée génère une angoisse existentielle accompagnée d’un renforcement du besoin de spiritualité. Or, seule l’appartenance religieuse apporte, ou du moins cherche à apporter, une réponse à ces deux besoins.

« Il me semble qu’il y a, dans la montée du religieux, plus qu’une simple réaction, peut-être une tentative de synthèse dans le besoin d’identité et l’exigence d’universalité. »

Bien que seules les appartenances religieuses semblent être capables de transcender les appartenances nationales, raciales et sociales, il faudrait les dépasser pour adhérer à « une appartenance plus vaste ». Cette « vision humaniste », où tout à chacun pourrait se joindre sans complexe ni crainte de « la main de l’étranger », rendrait la mondialisation possible.

La prochaine étape pour l’humanité est « d’apprivoiser la panthère », la bête identitaire responsable de tant de conflits tout au long de ce vingtième siècle. C’est à dire que chacun assume sa diversité, que chaque société assume ses appartenances multiples. Car à partir du moment où l’on adhère à un pays ou à un ensemble plus important, on ne peut que ressentir une certaine parenté avec chacun des éléments qui la composent : « on garde, certes, un rapport très particulier avec sa propre culture, et une certaine responsabilité envers elle, mais des relations se tissent également avec les autres composantes ».

Après avoir évoqué un futur cauchemardesque dans le Premier siècle après Béatrice, Amin Maalouf signe ici un essai remarquable où l’on se prend à rêver d’un avenir où nous laisserions derrière nous « le temps des tribus, le temps des guerres saintes, le temps des identités meurtrières pour construire quelque chose en commun » et faire en sorte que personne ne se sente exclu de « la civilisation commune qui est en train de
naître ».

L’auteur conclut avec force en refusant de formuler un vœu de longue vie à son ouvrage. Il espère que son « petit-fils, devenu homme, le découvrant par hasard dans la bibliothèque familiale, le feuillette, le parcoure un peu, puis le remette aussitôt à l’endroit poussiéreux d’où il l’avait retiré, en haussant les épaules, et en s’étonnant que du temps de son grand-père, on eût encore besoin de dire ces choses-là ».

Arnaud Riou



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Dernière mise à jour le 18/12/2017