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Revue n° 14, 1993

Comment deux esprits brillants du début du siècle ont prédit l’avènement de ce « grand siècle »

Des milliers de personnes ont fait la queue pendant une heure devant deux remarquables expositions organisées au mois de novembre à New York. Consacrées au début des temps modernes, ces deux expositions en retraçaient l’origine et célébraient la promesse de renouveau qu’ils portent encore. Cette rétrospective sans précédent nous a permis de jeter un regard nouveau sur les forces motrices du vingtième siècle.

La plus connue de ces deux expositions – une immense rétrospective du peintre français Henri Matisse au Musée d’art moderne – a attiré un nombre record de visiteurs des Etats-Unis et d’Europe venus voir les 400 peintures, dessins et sculptures de ce grand artiste moderne.

Avec moins de publicité s’est tenue à l’hôtel Hilton de New York une grandiose manifestation commémorant la visite en 1912 de ‘Abdu’l-Bahá, fils de Bahá’u’lláh qui a fondé la Foi bahá’íe au dix-neuvième siècle et dont les enseignements annoncent avec tant de prescience le vingtième siècle et ses révolutions dans tous les domaines. Intitulée ‘Abdu’l-Bahá: Mission en Amérique l’exposition était conçue pour le Congrès mondial bahá’í (Voir Numéro 13).

Bien qu’ouvert quatre jours seulement pendant le Congrès, le pavillon Mission en Amérique n’en n’est pas moins unique dans les annales de ces expositions. Il ne fait pratiquement aucun doute qu’aucune exposition de ce genre n’a jamais reçu de visiteurs aussi nombreux et aussi divers – surtout en un laps de temps aussi court.

Lorsque ‘Abdu’l-Bahá est arrivé à New York, les enseignements progressistes de la Foi bahá’íe à l’aube de l’âge de la maturation de l’humanité commençaient tout juste à gagner l’occident.

Les visiteurs de ces deux expositions ont pu mesurer l’impact d’une nouvelle révélation divine sur l’esprit et le cœur de l’homme.

La partie de loin la plus intéressante de l’exposition Matisse, par exemple, était celle intitulée « abstraction et expérimentation » couvrant la période comprise entre 1913 et 1917 et retraçant l’évolution de la peinture de Matisse, figurative dans un premier temps, puis légèrement et enfin totalement abstraite.

Matisse et d’autres expressionnistes abstraits, les « fauves » comme les appelaient leurs détracteurs, ont, avec les Cubistes, les Surréalistes et les Dadaïstes, mené au début du vingtième siècle la bataille contre le réalisme et l’impressionnisme. Les fauves ont exploré de nouvelles formes d’expression artistique, peignant non seulement le physique mais essayant aussi de saisir le spirituel.

A ses débuts, Matisse avait tendance à peindre des odalisques dans des intérieurs chatoyants. Peu à peu, il stylisera ses sujets, préférant des formes plus géométriques et plus simples tout en essayant les collages – traduisant et préfigurant le besoin naissant de dépasser la forme pour saisir l’essence. Le défi lancé par l’artiste était clair : aller au-delà de la forme objective. Aucune période comparable dans l’histoire de la création artistique n’a pris une orientation aussi radicalement nouvelle que celle que représentent la vie et l’oeuvre de Matisse et la rétrospective du musée, prise dans son ensemble, nous montre pourquoi.

Au pavillon Mission en Amérique, le changement de cap pris par le siècle est présenté dans un style direct, journalistique, retraçant les règles de la période et esquissant, une par une, les nouvelles attitudes non conventionnelles bahá’íes.

Le pavillon résulte de la collaboration entre l’ancien architecte de Disney, John Kavelin et Elizabeth Martin, écrivain et cinéaste canadienne. Leur succès tient au fait que les graphiques et autres éléments architecturaux expriment magnifiquement la vision complexe et puissante d’un nouvel ordre mondial.

« Voulant rendre hommage au message vibrant de ‘Abdu’l-Bahá, » dit M. Kavelin, « nous avons pensé qu’une présentation comme celle des magazines, qui montrent un sujet par page séparé par des photos d’actualité, était le meilleur moyen d’expliquer les thèmes complexes abordés dans les enseignements bahá’ís ». L’exposition est divisée en cinq « environnements » séparés, comme les appelle Mme Martin; le premier étage est consacré à un résumé historique de certains articles de journaux sur la visite de ‘Abdu’l-Bahá au Nouveau Monde, en soulignant son message en faveur de la paix universelle, l’élimination des préjugés, le droit de vote des femmes et l’unité mondiale. L’émergence du pouvoir de la presse internationale est mis en évidence par la relation enthousiaste de l’arrivée de l’homme connu sous le nom de « prophète persan ».

Un diorama grandeur nature en trois dimensions présentant les événements survenus dans le monde il y a quatre-vingt ans donnait aux visiteurs un sentiment de déjà vu en dépeignant les thèmes du moment qui sont encore d’actualité aujourd’hui: la guerre et la paix, les conflits territoriaux et mondiaux, l’égalité entre les races et les sexes et les grandes injustices et inégalités du nouveau monde industrialisé.

La deuxième salle explique l’Alliance de Bahá’u’lláh avec des citations choisies et bien illustrées des écrits de Bahá’u’lláh sur la continuité et l’unité de toutes les religions, transformant la salle de bal d’un hôtel, par ailleurs normale, en une sorte de cathédrale de la parole sacrée.

Des foules de personnes de toutes couleurs et de tous âges, en complet d’affaires, en costume de tribu à plumes ou en boubou africain, ont célébré dans le silence et le respect la proclamation de l’unité apportée en Amérique par ‘Abdu’l-Bahá il y a huit décennies.

Depuis, New York est connue par les bahá’ís comme la ville de l’Alliance, symbole important du monde moderne et point de réception d’un nouveau message religieux destiné à transformer cette civilisation matérielle fragmentée et à la régénérer en une civilisation spirituelle unifiée.

Le point commun de ces deux expositions était sans doute dans l’expression de la mouvance de l’âme moderne et de son influence sur une planète sans points de référence traditionnels. Matisse et ses contemporains et successeurs spirituels – Picasso, Rouault, Utrillo, Tobey et surtout Chagall – ont bien compris l’essence de ce message. Ils se sont de plus en plus éloignés de la création figurative pour se tourner vers l’art abstrait, expérimental, symbolique et en définitive, ineffable. Le premier des thèmes exprimés par ‘Abdu’l-Bahá à New York, à savoir qu’il n’existe qu’une réalité indescriptible et unique derrière toute religion (et, par extension tout grand art) fournissait un contrepoint intéressant à la rétrospective Matisse.

En fait, l’exposition bahá’íe a montré comment intégrer la dimension spirituelle dans le monde physique ; c’est la raison pour laquelle l’art et la religion ont pris tant d’importance dans notre siècle marqué par le choc du futur. « Les bahá’ís pensent que l’âge nouveau est imprégné de la grâce divine incarnée par les enseignements de Bahá’u’lláh, » a expliqué Mme Martin.

Et comme les bahá’ís pensent aussi que cette grâce doit trouver son expression dans la justice sociale, la salle numéro trois du pavillon était consacrée à la remarquable défense, par ‘Abdu’l-Bahá d’une civilisation divine. Au cours de ses visites dans 23 villes d’Amérique où il a prononcé de nombreux discours, répondu à de nombreuses interviews des journalistes, rencontré d’éminentes personnalités comme W.E.B. Du Bois, ‘Abdu’l-Bahá a apporté un message de progrès universel, d’espoir et de changement social.

La forme journalistique de l’exposition a été particulièrement mise en évidence dans la salle trois où un dispositif de 37 panneaux disposés en angle, un kiosque à six côtés et un diorama mobile original présentaient les problèmes sociaux du monde moderne et les solutions proposées par les bahá’ís. Des extraits des allocutions et conversations de ‘Abdu’l-Bahá présentés en contrepoint avec des photographies des premiers bahá’ís et juxtaposés à des images témoignant du réveil de la conscience sociale de l’Amérique, avaient pour objet de souligner l’actualité de son message.

Le soutien photographique n’était pas un hasard. Les premières images en noir et blanc ou couleur sépia faisaient apparaître un contraste violent avec le 20e siècle. Les photos et portraits de ‘Abdu’l-Bahá, disposés sur deux panneaux, ne servaient pas seulement à illustrer l’exposition mais aussi à montrer l’impact de la photographie sur la peinture et l’ensemble du modernisme.

Les deux premières photos, réalisées par une artiste bahá’íe new yorkaise des premiers jours, Juliet Thompson, et un auteur mystique libanais, Khalil Gibran, sont des portraits romancés, aux proportions idéales, typiques du dix-neuvième siècle auxquelles les fauvistes étaient tant opposés. L’autre portrait, réalisé par Louis Potter, célèbre sculpteur américain symboliste, révèle un ‘Abdu’l-Bahá plus sérieux et plus réel, tandis que le quatrième, une photographie étonnamment ressem-blante de Gertrude Käsebier, montre un portrait véritablement moderne et tout à fait réaliste du visage expressif de ‘Abdu’l-Bahá.

Ce portrait de Käsebier, récemment redécouvert à l’occasion d’une rétrospective au Metropolitan Museum de New York, restera peut-être sa photographie la plus marquante et la plus importante, non seulement par le sujet, mais aussi par l’éclairage, la candeur moderne et le rayonnement d’humanité qui émanait de ‘Abdu’l-Bahá, sans renier son indéniable expression de sainteté.

Les thèmes de la rétrospective Matisse et du pavillon Mission en Amérique doivent beaucoup à l’art et à la science photographique alors en plein développement. Les oeuvres tardives de Matisse, de même que toute la peinture expressionniste de la fin du 19e et du début du 20e siècle, peuvent être raisonnablement attribuées à l’impact de la photographie sur le réalisme dans l’art.

La capacité qu’a la photographie de capter implicitement et de reproduire la réalité physique a rendu superflue la peinture figurative et, tandis que la photographie progressait en qualité et en quantité, les peintres de la période se sont de plus en plus tournés vers l’abstrait. Les journaux de l’époque, qui quittaient tout juste le journalisme à sensation sans pudeur, ont commencé à utiliser abondamment les photographies ouvrant ainsi la voie à une nouvelle forme de reportage, plus vrai et plus proche de la réalité.

La photographie a eu également un impact social incalculable en renforçant ce que ‘Abdu’l-Bahá a appelé « un sentiment naissant de la justice» en ce sens qu’elle transmettait et juxtaposait avec exactitude, et pour la première fois, des images disparates de la misère et de la richesse humaines. Ces expositions, tellement influencées par l’art et la science de la photographie, ont toutes deux témoigné du pouvoir de la lumière enregistrée.

La salle numéro quatre présentait un court documentaire de dix minutes intitulé « Mission en Amérique : ‘Abdu’l-Bahá dans la ville de l’Alliance ». L’accent était mis sur la signification profonde de ce moment déterminant de l’histoire où ‘Abdu’l-Bahá est venu en Amérique tout en notant qu’à l’époque il désignait notre siècle comme « le Grand Siècle » et prédisait au monde de grands bouleversements qui ouvriraient la voie à une nouvelle ère de coopération et de paix.

La dernière salle était aménagée en un jardin de fleurs odorantes où une bande sonore diffusait certains extraits des écrits bahá’ís, créant une atmosphère calme et reposante. « Nous voulions que les visiteurs repartent avec le sentiment d’avoir vécu une rencontre avec ‘Abdu’l-Bahá, » dit Mme Martin. A en juger par les larmes ou, au contraire, les sourires rayonnants arborés par ceux qui quittaient le pavillon, le but a été atteint.

M. Kavelin et Mme Martin, qui ont beaucoup travaillé en dépit de budgets restreints et de délais angoissants, méritent d’être félicités pour avoir réussi une entreprise aussi émouvante et noble.

Vers la fin de sa vie, Matisse à qui on demandait ce qu’il pensait de l’avenir de l’art a répondu par un seul mot – « la lumière ». A New York le mois dernier, cette lumière a filtré à travers une collection unique hors des galeries d’un musée et de la salle de bal d’un hôtel et elle a pénétré dans la conscience d’un monde en attente. — David Langness



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Dernière mise à jour le 24/11/2017