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Revue n° 17, 1994

Aider les « enfants de la rue » du Brésil à trouver une meilleure vie

En Amazonie, le Centre d’assistance sociale fournit l’enseignement, l’instruction morale, l’appui aux parents et l’amour aux démunis de la région.

MANAUS, Brésil — Vêtue d’une jupe et d’un chemisier serrés, les lèvres maquillées de rouge, Thérésa, 13 ans, se comporte avec une mondanité déplacée parmi les autres élèves de l’Ecole professionnelle Masrour.

Quand Thérésa est arrivée à Masrour, situé dans la banlieue pauvre et surpeuplée de Manaus, près de Saõ José, elle dit aux instituteurs que son rêve était de devenir propriétaire d’une maison de prostitution. Enfant des rues de cette métropole de plus de 2 millions d’habitants, en pleine expansion au cœur du bassin du fleuve Amazone, c’était peut-être la plus haute aspiration qu’elle pouvait avoir.

Cependant, après avoir passé une année à Masrour, où elle suit non seulement un enseignement primaire mais aussi une formation professionnelle, une orientation morale et éthique et où elle prend ses repas, la vision de Thérésa concernant son avenir a quelque peu changé.

Maintenant Thérésa dit qu’elle voudrait être institutrice quand elle sera grande.

« Les instituteurs sont comme des parents pour moi », dit Thérésa (ce n’est pas son vrai nom). « Ils m’apprennent des choses que mes parents ne m’apprennent pas, par exemple comment respecter les autres et comment me tenir bien. »

Cette réponse en dit long sur Masrour, qui fait partie d’un plus grand projet conçu pour aider les enfants des rues à devenir des membres à part entière de la société, en meilleur santé et plus consciencieux.

Le « Centre pour le bien-être social », nom sous lequel le projet est connu, emploie une méthode globale pour atteindre ses objectifs. En complément aux classes à l’Ecole Masrour, le Centre propose un programme spécial de formation professionnelle et morale pour les enfants des rues, un programme d’organisation communautaire qui a comme mission de donner plus de pouvoir aux femmes pauvres du quartier, et des services directs tels que l’approvisionnement en eau potable et des services de santé.

Géré par la communauté bahá’íe du Brésil, l’approche du Centre est innovante en ce qu’elle essaie non seulement de fournir une assistance matérielle et scolaire aux enfants et aux jeunes sous sa tutelle, mais aussi de leur fournir des outils intellectuels et spirituels pour transformer leurs propres vies, et plus tard, celles des autres.

« Il y a au Brésil beaucoup de groupes qui s’attaquent au problème des enfants des rues », a déclaré Ferial Farzin, le directeur du Centre. « Ce qui rend notre approche unique, c’est que nous essayons de trouver le joyau que nous croyons exister à l’intérieur de chaque être. »

« La plupart des autres institutions ne se soucient pas du développement des enfants en tant qu’individus », a souligné Mme Farzin. « Ils savent que les enfants ont besoin d’argent, donc ils leur apprennent à vendre des glaces. Dans les rues, ayant plus d’argent, ils commencent à renifler la colle. Ainsi le problème ne fait que croître. Nous croyons qu’il faut rechercher le potentiel de ces enfants et ensuite travailler avec eux d’une façon dynamique pour intégrer le spirituel au pratique. »

Un problème à l’échelle mondiale

Le problème des enfants sans domicile fixe est, bien entendu, un problème à l’échelle mondiale et il n’est pas particulier au Brésil. Selon l’UNICEF, environ 100 millions d’enfants et de jeunes à travers le monde vivent ou gagnent leur vie dans les rues à travers le monde. A peu près 10 pour cent de ce chiffre sont les soi-disant « enfants des rues » abandonnés ou séparés de leurs familles et vivant par débrouillardise au jour le jour.

L’UNICEF estime qu’environ 40 pour cent des enfants des rues du monde vivent en Amérique Latine, et un certain nombre de facteurs ont rendu ce problème plus critique au Brésil, où l’attention du monde a été particulièrement dirigée à cause des rapports mentionnant l’assassinat semi organisé des enfants des rues. Selon le magazine Newsweek, environ 6000 « enfants des rues » brésiliens ont été tués au cours des quatres dernières années.

Les racines du problème se trouvent en partie dans l’évolution de la démographie du pays. Il y a 30 ans, 70 pour cent de la population du Brésil vivait en zone rurale. Aujourd’hui, 70 pour cent vivent en zone urbaine. Ce transfert de population de la campagne aux villes, associé à une augmentation de population de 70 millions à environ 146 millions, a submergé les services sociaux et dépassé la création d’emplois.

Dans les bidonvilles ou favelas tentaculaires qui sont apparus brusquement autour des villes les plus importantes du pays, l’impact de ce développement est évident.

Les rues de ces banlieues en pleine expansion sont bordées de baraques et de refuges, construits avec toutes sortes de matériaux, par exemple des briques et du bois de récupération. La plupart des chefs de famille sont des femmes, a précisé Mme Farzin, probablement parce que les maris n’arrivent pas à trouver du travail. Ils sont donc obligés de retourner à l’intérieur du pays pour trouver des emplois dans les forêts ou dans les mines. Le revenu moyen dans la région est d’environ 350 F.F. par mois, dit-elle.

Selon l’INPA (l’Institut national de recherche d’Amazonie), presque 40 pour cent des enfants de Manaus souffrent de malnutrition de diverses sortes. Seulement 12 pour cent des maisons ont des installations sanitaires et environ 58 pour cent des enfants sont atteints par des parasites.

Les familles sont nombreuses et il y a peu d’activités pour les enfants hormis celle qui consiste à traîner dans les rues. De menus larcins, l’intoxication à la colle et la prostitution sont des activités normales pour ces enfants en marge de la société.

Un orphelinat à ses débuts

Fondé en 1985, le Centre d’aide sociale a débuté dans une maison louée de Manaus et pendant ses premières années, il a fonctionné comme une famille nourricière, s’occupant des enfants abandonnés ou maltraités jusqu’à leur adoption. Avec une capacité de 50, le Centre a aidé plus de 300 enfants entre 1985 et 1992.

En 1988, le Centre a pu acquérir 12 hectares de terrain non exploités dans les faubourgs de Saõ José. A l’aide de dons privés, il a alors construit plusieurs bâtiments et a emménagé ici en 1989. A peu près en même temps, il a commencé à transformer sa mission de famille nourricière pour remplir une mission d’école intégrée et d’aide sociale, nouvelle mission qu’il accomplit fort bien aujourd’hui.

L’école primaire Masrour a une capacité d’environ 240 enfants, 40 pour cent ayant une bourse d’études. Quarante pour cent de ces boursiers suivent une formation professionnelle l’après-midi.

Cette école privée est exceptionnelle, non seulement parce qu’elle s’occupe des enfants les plus pauvres de Saõ José, mais aussi pour son programme original, qui offre aux enfants une instruction morale et spirituelle en plus des sujets traditionnels : la lecture, l’écriture et les mathématiques.

Basé sur les enseignements bahá’ís, le programme moral et spirituel met en avant l’unité de toutes les religions et de tous les peuples. Ceci aide à donner beaucoup plus de confiance en soi et de respect aux élèves.

« Dans les autres écoles, l’instruction spirituelle était uniquement catholique », a déclaré Christina Ihhamus de Paula, 29 ans, une institutrice à Masrour qui a enseigné pendant quatre ans dans des écoles publiques avant de venir ici il y a un an. « Mais s’il y avait des élèves appartenant à d’autres religions, ils se sentaient tristes et découragés. Ici nous les encourageons à parler de Dieu, le Dieu de tout le monde et ceci les aide beaucoup. »

Mme Ihhamus de Paula a ajouté que si l’école n’existait pas pour servir les enfants de la région, « la plupart d’entre eux seraient abandonnés et comme beaucoup d’autres enfants, ils vivraient dans les rues ».

«Beaucoup de ces élèves viennent de la classe la plus pauvre de la société et manquent de soins et de tendresse», a-t-elle déclaré. «Je sens qu’ils ont besoin de mon amour parce que souvent ils n’en reçoivent pas chez eux. Et il y en a qui n’ont pas assez à manger, l’école est donc très importante pour eux.»

Le salaire d’à peu près la moitié des instituteurs est payé par le gouvernement – ce qui reflète le grand égard qu’ont les autorités municipales et d’Etat pour le projet.

Josué Filho, Secrétaire d’Etat du Ministère de l’Education pour l’Amazonie, a déclaré que le gouvernement souhaitait travailler étroitement avec les groupes pour améliorer la qualité de l’instruction. Il a souligné qu’il appréciait particulièrement la philosophie de service aux autres qui est la pierre angulaire du Centre.

« En plus des bonnes relations qui existent entre le gouvernement et la communauté bahá’íe », a souligné M. Filho, « il y a aussi un lien d’amitié entre le Gouverneur d’Amazonie et moi-même. C’est un lien spirituel et affectueux ».

Engagement dans la communauté

Au-delà des activités habituelles de l’école, le Centre essaie aussi d’aider les adultes, et plus particulièrement les femmes, de la communauté à devenir mieux développés et organisés. Par exemple, le Centre a participé à l’organisation d’un groupe de mères dans le quartier à proximité de celui où se déroule le projet.

De nombreuses familles envoient leurs enfants à cette école et à partir de cette association les parents ont évolué lentement pour devenir une force de changement et d’action sociale.

Souvent, on peut voir le soir des membres du groupe des mères en train de se promener ensemble et de rendre visite aux familles en difficulté pour essayer de les soutenir. Mme Farzin se joint souvent au groupe pendant leurs visites. Un soir, il n’y a pas très longtemps, ils ont fait le tour du quartier pour parler du problème de la distribution d’eau.

L’accès à l’eau potable est un problème important dans le bairro. La municipalité ne fournit pas de canalisations à cette partie de Saõ José, donc l’eau potable doit être amenée de l’extérieur ou provenir des puits locaux.

Le Centre a creusé deux puits de 50 mètres de profondeur, qui ont une capacité suffisante pour satisfaire les besoins de pratiquement tout le quartier. Mais au lieu de simplement décider où et quand construire les canalisations d’eau potable, il a demandé au groupe des mères de prendre cette décision en consultant le reste des habitants.

Une telle question pourrait sembler banale, mais dans le quartier autour du Centre, où l’organisation est assez vague, la question de l’emplacement des canalisations pourrait poser des problèmes. Sans un accord en bonne et due forme et sans un consensus, il est possible qu’une famille dont la propriété soit le site d’une canalisation (malgré l’absence formelle de titres, et de notions de propriété) essaie de faire payer l’eau. Elle pourrait aussi être jalousée des autres.

Cependant, le Centre a initié le groupe de mères à l’art de la consultation – une forme de prise de décision non conflictuelle utilisée par les communautés bahá’íes à travers le monde. En utilisant ce procédé, elles ont appris à mieux s’organiser et à mieux résoudre leurs différends.

« D’habitude, quand nous parlons de l’eau, il y a des conflits et des problèmes politiques – parce que, par tradition, ce sont les politiciens qui utilisent l’eau comme un moyen de gagner des électeurs », a expliqué Mme Farzin. « De même, si vous donnez de l’eau gratuitement, les personnes n’auront pas un sens de propriété, et il y a une forte chance qu’ils cassent les conduites et les robinets au lieu de les entretenir. »

« Nous leur avons donc expliqué que ce sont les habitants des quartiers eux-mêmes qui doivent décider où iront les canalisations et comment elles seront exploitées », explique-t-elle. « Nous demandons qu’ils s’associent, par exemple, pour recueillir une petite somme d’argent pour l’entretien de la conduite et du puits. Et jusqu’à maintenant ils ont pu accomplir ceci sans conflits. Nous croyons que c’est le résultat d’avoir appris comment consulter. »

Allant de maison en maison, le groupe a parlé du pour et du contre d’exploiter une nouvelle conduite d’eau et de décider où mettre le robinet. Le procédé était très informel, mais il avait été conçu pour obtenir un consensus. Pendant ce temps, ils ont appris petit à petit que la clef du progrès est dans leurs propres mains.

« La communauté bahá’íe est en train de nous donner une nouvelle vision des choses», a expliqué Maria Edjmer, 43 ans, membre du groupe des mères du quartier et catholique. «Beaucoup de personnes nous promettent des choses. Mais ils accomplissent très peu. Les bahá’ís sont toujours prêts à servir et ils nous montrent cet exemple. »



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Dernière mise à jour le 21/11/2017