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Revue n° 16, 1993

Le projet bahá’í/UNIFEM suscite des réactions favorables

Des changements sont effectués dans les villages en impliquant les hommes dans les problèmes des femmes et en utilisant les médias traditionnels pour communiquer les résultats.

BADAN, Province de l’Est, Cameroun — En tant que théâtre, les sketchs, présentés sur la place du village le jour du marché en juillet dernier par les habitants de ce petit village de l’Afrique de l’Ouest, étaient assez rudimentaires.

Prenez, par exemple, l’argument de base d’une courte pièce, écrite par les villageois eux-mêmes : Après avoir vendu sa récolte, un producteur de cacahuètes cache l’argent de sa femme et va au bar, où il offre à boire à tous ses amis. Il dépense le reste avec une femme.

Quand il rentre chez lui, sa femme le dispute pour ses excès. Puis son fils tombe gravement malade, mais il ne reste plus d’argent pour des médicaments. Heureusement, un médecin compréhensif leur donne ce dont ils ont besoin. A la fin de la pièce, l’agriculteur se rend compte de ses erreurs et il décide de consulter sa femme dorénavant avant de dépenser tous leurs bénéfices.

Malgré la simplicité du sujet, le jeu peu professionnel des acteurs et l’absence de costumes ou de décors, cette pièce et d’autres du même genre ont eu un grand succès dans cette province lointaine et en voie de développement.

Parmi les fruits d’un projet pilote de deux ans pour trois pays du Fonds des Nations Unies et de la Communauté internationale bahá’íe pour l’avancement des femmes (UNIFEM), les pièces présentent des situations bien connues par les hommes et les femmes de ces régions. Ils se reconnaissent en elles.

Le projet a comme objectif de stimuler le développement social et économique de toute la communauté en élevant le statut des femmes à travers l’utilisation des médias traditionnels tels que le théâtre, les chansons et la danse.

« Il y a beaucoup de messages dans ce simple sketch », a dit Mona Grieser, directeur technique national du projet. « Il y a des messages concernant la responsabilité des pères, l’importance d’une bonne gestion des finances et l’importance du partenariat au sein de la famille. Mais la chose la plus importante est qu’il y a beaucoup d’hommes parmi les spectateurs. Et ce sont les hommes que nous espérons toucher. »

Bien que l’expérience bahá’íe/UNIFEM, qui a comme titre « Les médias traditionnels comme agents de changement », soit unique parce qu’elle intègre des idées bien acceptées concernant la communication du développement avec la promotion de l’égalité de la femme, sa particularité caractéristique est l’effort qu’elle fait pour impliquer les hommes autant que les femmes dans ce processus.

« Beaucoup de programmes pour aider les femmes n’engagent qu’elles. Les bahá’ís ont pensé que les changements se feraient plus facilement par un processus consultatif entre les femmes et les hommes », a dit Mme Brooke, consultante indépendante des communications du développement. « Autrement, nous finirions avec des groupes de femmes en colère assises dans un coin. Cela ne changerait rien. »

Avec des fonds fournis par l’UNIFEM, le projet a été commencé en même temps au Cameroun, en Bolivie et en Malaisie. Les communautés bahá’íes nationales et locales, qui sont bien développées et organisées, ont fourni un réseau de bénévoles motivés ainsi que des ressources locales.

Les signes du succès

Le projet cherche surtout à changer des attitudes. Et malgré le fait qu’elles sont difficiles à mesurer à la différence d’une production agricole améliorée ou des meilleurs taux de vaccination, il y a néanmoins des signes évidents de succès – en termes statistiques et aussi anecdotiques.

Ici, dans la Province de l’Est de Cameroun, où le projet a été mis en place dans sept villages, les hommes ont commencé à se joindre aux femmes pour les travaux des champs. Ils les consultent plus souvent au sujet des finances familiales et leur permettent de participer plus librement dans les prises de décision de la communauté, selon des enquêtes qui ont été faites et selon les témoignages des personnes venant de l’extérieur qui ont visité la région.

Selon Tiati à Zock, coordinateur national du projet au Cameroun, une enquête, effectuée au début de 1992 auprès de 45 familles dans les sept villages, a révélé que les hommes prenaient pratiquement toutes les décisions concernant les finances tout seuls. Une enquête complémentaire, effectuée en 1993, a montré que plus de 80% des familles prennent maintenant ces décisions ensemble, en consultation entre le mari et la femme.

Voici une autre donnée significative : à Badan, le nombre de filles, qui ont été envoyées à l’école du village, a augmenté de 82% depuis le début du projet.

En Bolivie, le programme fonctionne maintenant dans huit villages de la province Chuquisaca, au Centre Sud du pays. Dans le village de Poqonchi, où le projet marche depuis plus longtemps, les commentaires faits pendant les discussions des groupes de travail démontrent que les femmes participent davantage dans les prises de décision de la communauté, qu’elles se sentent plus libres d’exprimer leur désir d’instruction et qu’elles reçoivent plus d’aide des hommes pour les corvées quotidiennes.

De plus, une femme a récemment été élue au sindicato de Poqonchi, un conseil politique local. Elle est la première femme jamais élue au sindicato de ce village. Peu de temps après son élection, le conseil a passé une résolution qui recommandait une plus grande attention aux problèmes des femmes.

En Malaisie, où le programme a été mis en place dans deux villages et dans une communauté urbaine, il y a des signes concrets que les femmes deviennent de plus en plus engagées dans l’organisation et dans les prises de décision de leur communauté. En effet, dans les trois endroits, le nombre de femmes élues aux conseils locaux bahá’ís a augmenté depuis le commencement du projet.

Les changements les plus importants sont ceux qui ont eu lieu à Kampong Remun, un petit village éloigné dans le Sarawak, où le projet a donné naissance à plusieurs activités annexes. Utilisant les méthodes du programme pour identifier les problèmes de la communauté, les villageois ont planté un potager, construit des nouvelles latrines et commencé des classes d’alphabétisation pour les adultes. Ces classes ont été spécialement conçues pour les femmes, mais elles sont aussi ouvertes aux hommes. L’importance d’inclure les femmes dans les actions de développement est de plus en plus reconnue dans le monde entier. Un certain nombre d’études et de statistiques démontrent que plus les femmes deviennent instruites, engagées et en meilleure santé, plus le bien-être de toute la famille s’améliore.

« Nous croyons que tout le monde en bénéficiera quand les femmes dans les pays en voie de développement obtiendront l’égalité et l’avancement économique et social », a dit Marjorie Thorpe, directeur adjoint d’UNIFEM. « Ceci améliorera la qualité de la vie non seulement pour les femmes, mais aussi pour les hommes et pour les enfants. Ainsi tout le monde en profitera. »

Une approche caractéristique

Le projet présente de nombreux aspects pour atteindre cet objectif. Bien que divers éléments ont déjà été utilisés ailleurs, tels que l’emploi des médias traditionnels pour communiquer des nouvelles idées, le programme est particulier, parce qu’il incorpore des idées venant d’un large éventail de sources, dont les enseignements bahá’ís.

Pour l’essentiel, le projet est construit autour des éléments suivants :

• Il essaie d’engager directement les gens dans l’analyse de leurs propres problèmes, en les formant, dans un premier temps, à l’utilisation des outils modernes analytiques, tels que les groupes de travail et les enquêtes, et aussi la consultation bahá’íe.

• Dans un deuxième temps, il donne une direction aux analyses faites en soulignant l’importance d’un principe moral positif, dans ce cas précis, l’égalité de l’homme et de la femme.

• Finalement, il essaie de promouvoir le changement dans la communauté en communiquant le résultat de l’analyse à travers les médias traditionnels tels que le théâtre, les chansons et la danse, qui sont relativement non menaçants.

« Le projet », souligne Mme Thorpe de l’UNIFEM, « commence avec l’idée que les médias traditionnels, dans les sociétés qui ne possèdent pas de langue écrite – des acteurs, des danseurs, des montreurs de marionnettes, des chanteurs, des Messieurs Loyaux communiquent un message, qui est pris très au sérieux par la communauté et donc, si le message ainsi transmis pouvait être un message qui améliore le statut de la femme. Ceci pourrait créer une opportunité d’entamer un dialogue avec toute la communauté mais d’une manière absolument non menaçante. »

Bien que ces actions soient organisées par les communautés bahá’íes dans chaque région, elles essaient de promouvoir des changements dans les attitudes de toute la population. « Un des avantages de travailler avec les bahá’ís est qu’ils ont des liens très forts avec la population », ajoute Mme Thorpe quand elle expliquait pourquoi l’UNIFEM avait décidé de parrainer le projet. « Ce n’est pas une organisation qui est élitiste. Etant donné qu’il y a des bahá’ís parmi la population et une expérience de travail avec la base, ils ont été très efficaces et représentent un contact très utile pour nous.»

En général, les communautés bahá’íes ne sont pas isolées du reste de la société qui les entoure ; elles sont bien intégrées dans la société. Dans les sites du projet, le pourcentage de la population qui est bahá’íe va de moins 1% jusqu’à environ 10%.

Le processus

Dans chaque pays, le projet a commencé avec des sessions de formation au niveau national pour aider les volontaires bahá’ís locaux à utiliser leurs compétences pour la formation de communautés comme la base de leur travail.

Dans un premier temps, un cours de soutien sur les principes de la consultation, méthode distinctive de prise de décision non conflictuelle employée par les communautés bahá’íes à tous les niveaux, a eu lieu.

« La formation pour pratiquer la consultation bahá’íe aide à apprendre le respect des opinions des autres, ceci étant très important pour les femmes », a dit Lee Lee Ludher, une consultante pour le développement en Malaisie, « parce que beaucoup de femmes ont l’impression que leur point de vue n’est pas très important ».

Les volontaires ont aussi reçu une formation dans les techniques modernes de collecte de données, particulièrement pour les enquêtes de participation et dans l’utilisation de groupes de travail comme un moyen de découvrir les besoins de la communauté. Une formation dans l’évaluation, la constitution d’archives et l’organisation a aussi été donnée.

Les volontaires nouvellement formés ont ensuite été envoyés dans leurs communautés où ils ont organisé des cycles de formation au niveau local, similaire à celui qu’ils avaient reçu.

Le résultat a été la formation d’un groupe de base de volontaires pour le projet dans chaque village. Ce groupe de base était généralement constitué autour d’un conseil d’administration bahá’í local, l’Assemblée spirituelle locale. Des conseils locaux élus chargés de s’occuper des affaires de la communauté, les Assemblées spirituelles sont des organismes qui ont déjà une certaine expérience donc elles sont aptes à analyser les besoins de la communauté et à consulter pour déterminer les actions à suivre.

Suivant une période de formation, les volontaires du projet sont allés interviewer les membres de la communauté sur leurs problèmes. Des caméras vidéos et des appareils Polaroïds instantanés ont été utilisés dans certains cas, puisque quelques volontaires étaient analphabètes.

Dans chaque pays, l’analyse portait son attention sur l’importance par laquelle l’égalité des femmes (ou son absence) était liée aux problèmes locaux.

« Un outil diagnostique très simple qui a été utile pour aider ces communautés de s’analyser elles-mêmes était de leur demander de faire une liste de toutes les tâches quotidiennes d’une femme typique de la région », a dit M. Richard Grieser, un des premiers formateurs au Cameroun. M. Grieser est l’époux de Mona Grieser et a travaillé avec son épouse dans la plupart des étapes du projet.

« Ensuite nous leur avons demandé d’établir une liste des tâches quotidiennes d’un homme typique », a dit M. Grieser. « La différence dans les charges de travail était frappante. A vrai dire, les hommes ont souvent été gênés parce que leur liste ne représentait même pas la moitié de celle des femmes. »

Dès que les problèmes locaux furent identifiés, les volontaires ont demandé à la communauté d’exprimer ses conclusions à travers ses médias locaux typiques, tels que les chansons, les danses, les contes et les pièces. Les artistes et les comédiens locaux ont été encouragés à participer. Ces contes, pièces, chansons et danses ont été ensuite présentés pour la communauté à divers festivals, programmes de soir et autres rassemblements.

Les mêmes problèmes partout dans le monde

Les mêmes problèmes de base ont été identifiés par les participants au début du programme dans les trois sites. Les participants du projet, après s’être consultés sur les besoins de leurs communautés, ont donné la plus grande priorité à la résolution des trois problèmes de base : (1) l’analphabétisme parmi les femmes ; (2) la mauvaise gestion des finances de la famille par les hommes ; et (3) le fardeau peu équitable de travail supporté par les femmes.

« Les gens eux-mêmes sont en train de se rendre compte du fait que, non seulement les femmes ont des droits dans la société, mais qu’elles doivent contribuer à des choses importantes », a dit M. Tiati du Cameroun. « Par exemple, beaucoup d’hommes se rendent compte maintenant que les femmes sont capables de gérer l’argent beaucoup mieux que les hommes, qui souvent dépensent trop pour l’alcool. Par conséquent, un des résultats du projet est que, dans la plupart des familles qui y ont participé, la femme s’occupe maintenant de l’argent – ou au moins la famille se consulte sur la manière de le dépenser. »

En Malaisie, des problèmes similaires ont été découverts. « Un des grands problèmes, qui a été soulevé en Malaisie, est le manque d’instruction et d’opportunité pour les filles et les femmes », a dit Mme Ludher de Malaisie, « mais étant donné que ces problèmes ont été soulevés, les gens réalisent maintenant que ceci est un problème ».

En Bolivie aussi, la discussion dans les groupes de travail a permis de dégager deux points essentiels, c’est-à-dire, l’accès inéquitable à l’instruction et le travail.

La prochaine étape

La totalité de la subvention de l’UNIFEM à la Communauté internationale bahá’íe pour l’étape initiale du projet était de 205 000$ US – une somme relativement faible pour les milieux du financement pour le développement, surtout que le projet avait des sites dans trois pays différents et qu’il a duré deux ans.

La Communauté espère non seulement continuer le programme, mais aussi l’étendre à d’autres sites.

Effectivement, les communautés bahá’íes du Nigeria et du Brésil ont lancé leur propre programme pilote : «Les médias traditionnels comme agents de changement», conjointement à l’effort parrainé par l’UNIFEM. De plus, les communautés bahá’íes locales de Malaisie, voyant le succès de leurs voisins, ont lancé récemment leurs propres projets basés sur les médias pour l’avancement des femmes.

Commentaires des participants du projet au Cameroun :

Ce programme m’a vraiment marqué. Avant je ne savais pas que les hommes pouvaient aider les femmes avec les tâches ménagères. Maintenant je suis très heureux que, grâce à UNIFEM, j’aide ma femme. Notre vie est maintenant meilleure, avec beaucoup moins de disputes. Je consulte ma femme avant de faire des dépenses. Avant, je gaspillais mon argent en buvant de l’alcool. Maintenant je ne peux plus battre ma femme, sachant ce que le projet UNIFEM nous a appris, personne du village ne le fait. – Aoudou Jean, 31, instituteur à Badan

Le projet est bon parce que maintenant mon mari m’aide à chercher du bois pour le feu. Mon mari me respecte maintenant. Je peux dire quelque chose, il m’écoute et il le fait, avant il ne faisait pas ça. Les chansons et le théâtre m’ont donné toutes ces nouvelles idées. Il y avait une pièce qui montrait une femme et son mari travaillant main dans la main, un théâtre sur l’instruction des filles et un autre sur comment dépenser l’argent.
– Ghane Odette, 42, agricultrice mère de sept enfants dans le village de Yoko Sire

Au début, le projet ne me disait pas grande chose. Plus tard j’ai découvert ses avantages. Maintenant je vois que mon mari, qui ne m’aidait pas, a changé. Nous travaillons ensemble à la maison et aux champs. Mon mari m’aide davantage maintenant avec les tâches ménagères dont auparavant il considérait les femmes seules responsables. Il porte le bébé, il lave la vaisselle et il lave les vêtements. J’ai aussi appris l’importance de l’éducation des enfants et que c’est d’abord ma responsabilité. Maintenant j’essaie de m’en occuper mieux. J’ai eu ces idées par des chansons parce que j’écoutais attentivement les paroles. – Zongayina Delphine, 36, agricultrice et mère de six enfants dans le village de Ndokayo

Ici au village, les hommes et les femmes n’avaient pas l’habitude de travailler ensemble, mais grâce au projet j’ai été surpris de voir qu’ils travaillent maintenant la main dans la main. Moi personnellement, j’ai vu des changements dans mon mode de vie. En ce qui concerne l’égalité de l’homme et de la femme, je vois aussi qu’il y a un changement dans l’attitude des hommes. Maintenant ils consultent leurs femmes. Et moi je fais pareil. Avant le projet, il était très difficile de savoir ce que les femmes faisaient avec leur argent, mais maintenant ma femme me consulte. Je travaille aussi avec ma femme dans la même ferme et j’aide à nettoyer la maison, par exemple ; des choses que je n’avais jamais faites auparavant. – Dimessi Denis, 42, agriculteur dans le village de Ndokayo



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Dernière mise à jour le 24/11/2017