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Revue n° 45-46, 2003

Redéfinition du développement durable à Johannesbourg

JOHANNESBOURG, Afrique du Sud — Depuis le lancement de l’expression « développement durable », à la fin des années 1980, par la Commission mondiale pour l’environnement et le développement, de nombreuses personnes ont séparé les deux moitiés du concept, reconnaissant d’une part la nécessité de promouvoir le développement et d’autre part celle de protéger l’environnement.

Au Sommet de la Terre de Rio en 1992, l’aspect environnemental du « développement durable » avait pris le dessus. Bien que mentionnant l’éradication de la pauvreté, la Déclaration de Rio et Action 21, les deux principaux documents approuvés en 1992, avaient souligné l’importance de la protection de l’environnement naturel en établissant un « partenariat mondial pour conserver, protéger et restaurer la salubrité et l’intégrité de l’écosystème terrestre ».

Les documents finaux approuvés par les gouvernements au Sommet mondial sur le développement durable, tenu du 26 août au 4 septembre 2002, dix ans après Rio, sont beaucoup plus axés sur l’éradication de la pauvreté et les problèmes qui en découlent, tels que l’approvisionnement en eau, l’alimentation et l’agriculture, et le besoin accru d’énergie.

« La profonde fracture entre les riches et les pauvres et le fossé croissant entre les pays développés et les pays en développement est une menace majeure pour la prospérité, la sécurité et la stabilité du monde », lit-on dans la Déclaration finale du Sommet.

La déclaration souligne également que le développement durable repose sur trois « piliers interdépendants et complémentaires » : le développement économique, le développement social et la protection de l’environnement qui doivent être établis aux niveaux local, national, régional et mondial.

Le Sommet de Johannesbourg, auquel 104 chefs d’Etat et de gouvernement ont participé a été le plus grand Sommet jamais organisé. 191 pays étaient représentés et quelque 21 340 accréditations ont été délivrées. Près de 22 000 délégués se sont inscrits au Forum des ONG organisé en marge du sommet.

Les gouvernements étaient très attendus à Johannesbourg, en particulier sur le plan des engagements concrets. Sur ce point, beaucoup ont été très déçus. De manière générale, les gouvernements ont réaffirmé ou réitéré les engagements déjà pris lors du Sommet du millénaire en 2000 ou lors d’autres conférences plus récentes.

En réalité, quelques objectifs nouveaux ont tout de même été visés dans les domaines de la protection de l’eau douce, de la biodiversité et de la promotion de l’assainissement.

Ce que la Déclaration et le Plan d’application du Sommet de Johannesbourg montrent avant tout, c’est que le développement durable a pris une autre dimension et qu’il a été redéfini depuis Rio, en particulier en ce qui concerne les liens qui existent entre la pauvreté, la protection de l’environnement et l’utilisation des ressources naturelles.

« Nous réaffirmons notre engagement en faveur de la lutte contre les facteurs qui font peser une lourde menace sur le développement durable de nos populations », dit la Déclaration. « Et notamment : la faim chronique, la malnutrition, l’occupation étrangère, les conflits armés, les drogues illicites, le crime organisé, la corruption, les catastrophes naturelles, la vente illicite d’armes, le trafic des personnes, le terrorisme, l’intolérance et l’incitation à la haine raciale, ethnique, religieuse ou autre, enfin, les maladies endémiques, transmissibles et chroniques, en particulier le sida, le paludisme et la tuberculose. »

Selon Sylvia Karlsonn, coordinatrice scientifique du Programme international sur les dimensions humaines du changement global de l’environnement, le texte et le processus de Johannesbourg témoignent d’une prise de conscience accrue de la complexité de l’engagement en faveur du développement durable.

« C’est une complexité horizontale entre les secteurs et ce qu’on appelle les ‘trois piliers’ du développement durable, mais aussi une complexité verticale, en ce qui concerne la participation de tous les responsables aux niveaux local, régional et mondial », dit Mme Karlsonn, qui est aussi secrétaire du Forum de l’environnement. « Le Sommet de Johannesbourg boucle dix années de grandes conférences qui ont permis de mieux prendre conscience du lien entre tous les problèmes auxquels l’humanité est confrontée. »

Ce sentiment a été exprimé dans tous les discours prononcés par les chefs d’Etat et de gouvernement qui étaient présents au Sommet.

« […] Il est de plus en plus évident que le monde est devenu un village planétaire », dit Thabo Mbeki, Président de l’Afrique du Sud, qui assurait la présidence du Sommet. « Pour que chaque membre de ce village puisse survivre, nous devons trouver un consensus et agir ensemble afin que plus rien, sur cet habitat commun, ne sépare les pauvres et les riches. »

« Ce qui veut dire que la solidarité humaine, qui est un noble concept, a une fois encore été reconnue comme la force motrice de la reconstruction et du développement de ce monde commun », a-t-il déclaré dans son allocution d’ouverture.

Objectifs spécifiques

Réaffirmant les principes généraux énoncés il y a dix ans à Rio, le document final de Johannesbourg contient également un certain nombre d’objectifs spécifiques et de calendriers visant à engager des actions dans plusieurs domaines. Outre l’objectif de la Déclaration du millénaire de réduire de moitié d’ici 2015 le nombre de personnes vivant avec moins de un Euro par jour, le Plan de Johannesbourg vise pour 2015 à réduire aussi de moitié le nombre de personnes n’ayant pas accès à l’eau potable ou à un système d’assainissement et à restaurer les ressources halieutiques, à obtenir une « réduction significative » de la perte de la biodiversité biologique d’ici à 2010 et à trouver les moyens d’utiliser et produire des médicaments pour que, en 2020, des progrès aient été réalisés dans les domaines de la santé humaine et de l’environnement.

Le Plan demande également aux pays d’accroître l’utilisation des énergies renouvelables « en ayant à l’esprit un sentiment d’urgence », bien qu’aucune date butoir n’ait été fixée à cet effet. Plusieurs groupes se sont dits déçus que les gouvernements n’aient pas pris d’engagements plus précis pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

D’autres ont néanmoins estimé que le seul fait que les gouvernements aient simplement reconnu l’« urgence » de l’action en faveur des énergies renouvelables était déjà une étape importante.

Pour beaucoup, la décision de tenir le Sommet en Afrique, le continent le moins développé, annonçait en quelque sorte une redéfinition du concept de « développement durable » au profit du développement tout court. Il est d’ailleurs indéniable que les discours des dirigeants africains ont été parmi les plus musclés.

« Action 21 visait à trouver un équilibre entre les besoins des populations et leur environnement, entre les besoins élémentaires de l’être vivant et nos obligations collectives, inéluctables, envers les générations futures », dit Benjamin Mkapa, président de la Tanzanie.

« Or, on ne peut attendre des pauvres, des affamés et des malades qu’ils mettent la préservation de l’environnement au-dessus de leur lutte pour survivre aujourd’hui même », poursuit-il. « Alors, ils appauvrissent la terre, cultivent des terres montagneuses, coupent les arbres pour se chauffer et surexploitent les pâturages. Beaucoup d’entre eux savent que c’est nuisible pour l’environnement. Mais pour eux, ce n’est pas la qualité de la vie qui est en jeu, c’est la vie elle-même. La durabilité leur paraît secondaire ; l’essentiel, c’est de faire tourner la roue du développement et de plus en plus vite. »

Un partenariat d’un type nouveau

Le Sommet de Johannesbourg aura également permis de reconnaître sans ambiguïté qu’il ne peut y avoir de développement durable sans une collaboration étroite entre tous les secteurs de la société à travers le monde.

A cet égard, nombre de participants et d’observateurs ont accueilli avec satisfaction la création d’une série de partenariats nouveaux (partenariats de « type II ») entre les gouvernements, le monde des affaires et la société civile, qu’ils considèrent comme l’un des principaux résultats du Sommet.

Environ 280 partenariats de ce type, destinés à renforcer la collaboration concrète dans les domaines de l’environnement et du développement, ont été annoncés au Sommet.

« A long terme, le processus de Johannesbourg aura permis d’établir ces nouvelles relations pour travailler ensemble sur des projets concrets qui visent réellement à faire autre chose », dit Arthur Dahl, ancien directeur exécutif adjoint du Programme des Nations Unies pour l’Environnement.

On entend par partenariat de « type II » les accords qui se différencient des accords de « type I » lesquels sont conclus entre gouvernements.

« Le principe du partenariat est certainement un pas en avant », dit M. Thorgeirsson, directeur des Affaires internationales au Bureau islandais pour le développement durable et principal négociateur au Sommet pour le compte du gouvernement islandais. « Il permet de sortir de l’impasse dans laquelle on se trouve parfois enfermés par la règle du consensus pratiquée au sein de l’ONU. »

« La règle du consensus aboutit dans bien des cas à une sorte de dénominateur commun le plus bas par rapport à ce que nous pouvons faire », ajoute encore M. Thorgeirsson. « Ces partenariats nous ont permis de rompre un peu cette règle, c’est-à-dire que les gouvernements qui sont d’accord sur un certain nombre d’actions peuvent les mettre en oeuvre, ce qui donne aussi l’occasion au secteur privé et aux ONG de travailler avec eux. »

Outre les nouveaux partenariats de type II, des efforts ont été faits pour faciliter le contact entre les « grands groupes » de la société civile (universitaires, autorités locales, syndicats, scientifiques, hommes d’affaires, populations autochtones et ONG) et les gouvernements à tous les niveaux du processus.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. A Rio, à peu près 2 400 ONG seulement ont été accréditées contre près de 8 000 représentants des grands groupes (ONG comprises) à Johannesbourg.

Comme d’habitude, un Forum des ONG ou « Forum de la société civile » a été organisé en marge du Sommet. A Johannesbourg toutefois, l’ONU a aussi imaginé une troisième possibilité d’interaction entre les gouvernements et les grands groupes dans le Village d’Ubuntu où des expositions, des spectacles culturels et d’autres manifestations étaient organisés pour aider à la construction de nouveaux partenariats pour le développement durable.

« Il y a eu beaucoup de contacts entre des groupes qui d’habitude ne se parlent pas », dit Mme Karlsson, faisant remarquer que les tables rondes ont permis aux chefs d’Etat d’entrer directement en contact avec des dirigeants de sociétés multinationales, des scientifiques renommés et des responsables d’ONG.

Une autre différence importante entre Rio et Johannesbourg a été la présence et la participation d’hommes d’affaires, mais aussi de scientifiques et d’agriculteurs.

« L’action commence avec les gouvernements », dit le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan dans son allocution au Sommet. « Les pays nantis doivent montrer la voie. Ils ont la richesse. Ils ont la technologie. Et ils sont responsables, de manière disproportionnée, des problèmes de l’environnement au niveau de la planète. Les gouvernements ne peuvent cependant agir seuls. »

« Les groupes de la société civile ainsi que les sociétés commerciales ont aussi un rôle important à jouer en tant que partenaires et défenseurs des projets. Sans le secteur privé, le développement durable restera un rêve lointain. Nous ne demandons pas aux sociétés de faire autre chose que ce qu’elles font d’habitude ; nous leur demandons simplement de le faire autrement. »



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Dernière mise à jour le 25/09/2017